chapitre 27

Chapitre 27

Le printemps pointait son nez et je m’amusais de plus en plus avec Suzanne. J’avais pris pour habitude de lui laisser un casse-tête chaque fois que je sortais de l’appartement. Le jeu était simple. Il s’agissait de la possibilité de mettre l’autre en échec à l’aide de formes géométriques dessinées avec des billes de plastique au sol. Avant de partir, je disposais de quatre à huit billes de plastique sur le sol. Suzanne était toujours très attentive à comment je les plaçais. Dès qu’elle m’entendait prendre mes clés, elle pointait le bout de son nez pour regarder quelle forme je choisirais. Le jeu était construit selon l’arbre des sephirot. Lorsque je revenais, je comparais la forme que prenaient les billes qui étaient éparpillées dans tout l’appartement. Bien sûr, elle avait joué avec les billes. Je comparais la figure de départ avec le résultat et tentais d’y faire émerger des comparaisons esthétiques de la combinaison des séphiras. Les longueurs entre les séphiras de même que l’ordre et la forme géométrique de l’ensemble me donnaient une certaine idée de la pensée qu’elle avait formée. Je comparais enfin la relation entre le jeu de départ et le jeu final. Il n’y avait pas une seule journée où nous n’avions pas ce rituel.

Le son était toujours un problème mais la disparition du troisième œil et de la pression au niveau de la tête me donnait un meilleur temps de récupération pendant la nuit. Une nuit de mai, je rêvai que j’étais quelqu’un d’autre et je m’entendis dire :

  • Je lui fais faire ce que je veux.

Je me réveillai et levai la tête. Suzanne était assise à l’égyptienne devant moi. Elle semblait garder mon sommeil. Je me rendormis et retournai à la Taverne du Roi, là où avait lieu le rêve. Alors que je discutais dans la peau d’un autre monsieur, mon attention fut portée vers un tic de ma main droite. Mon pouce jouait avec mon anneau inséparable. C’est alors que je tournai la tête du monsieur pour regarder l’anneau. Je sentis la stupéfaction de l’homme et sorti de mon rêve.

Je levai la tête et Suzanne, qui était toujours en égyptienne à la hauteur de ma tête, me regarda en ayant un mouvement vers l’avant et un miaulement inquiet.

  • [(Correct?)]
  • (…De?…)

Je m’asseyai difficilement sur mon lit. Je sentais une fébrilité de l’énergie autour de moi. Nous étions au petit matin. Je me dirigeai vers le salon pour fumer le temps de mon réveil lorsqu’il y eut un mouvement brusque d’énergie qui se dirigea vers mon tableau vert et le frappa comme si une main invisible géante avait frappé l’ardoise.

  • (Qu’est-ce que c’est?)

Je sentais mon œil anormalement globuleux. Je le touchai mais je n’avais jamais vraiment porté attention à la texture de mes yeux. Il semblait pourtant en tout point pareil à l’autre. Je m’allumai une cigarette et en faisant le tour de la pièce du regard, un mouvement que je sentis partir de l’œil frappa ma guitare et la table à dîner. J’avais l’impression que l’œil cherchait des informations où à se donner des balises de repère pour se souvenir. Le fait de frapper un objet semblait donner une profondeur à la mémoire. Sans regarder mon tableau, je me souvenais exactement du moindre détail. C’était comme si l’œil en avait pris une photo. Suzanne vînt me rejoindre et s’installa devant moi à l’égyptienne. Je la regardai :

  • Qu’est-ce qui m’arrive? C’est quoi cet œil?

J’éteignis alors ma cigarette et comme c’était la dernière, je me décidai à aller en acheter d’autres. Cette histoire d’œil m’avait complètement réveillée. Je pris la tasse où je plaçais ma petite monnaie et la renversai sur mon lit. Suzanne monta sur le lit, vivement intéressée par les pièces. Je commençai par prendre les plus grosses. Elle eut un petit mouvement de patte.

  • [(Moins vite.)]

Je remarquai alors que les pièces avaient un reflet rouge ou bleu. Suzanne semblait faire le tri en les comptants. Comme je ne comprenais pas la différence entre le rouge et le bleu, j’accélérai jusqu’au montant d’un paquet et remis le reste dans la tasse. Suzanne avait l’air satisfaite. Il faisait frais mais la journée s’annonçait belle. Sur le chemin vers la station-service, l’œil frappait tout ce qu’il voyait. J’avais l’impression qu’il cherchait à se localiser. Alors que j’arrivais près de la station-service, un petit symbole bleu passa de l’œil gauche à mon œil droit. Je reconnu aussitôt ce symbole ; il s’agissait d’une roue du dharma, un symbole bouddhiste. L’œil m’avait-il jaugé? Était-ce sa conclusion?

Une fois à l’intérieur pour faire mon achat, l’œil frappa le journal du jour.

  • (Va falloir que tu te calmes.)

Sur le chemin du retour, je sentais que sans bouger, l’œil examinait chaque détail de mon champ de vision. Je remarquai alors que la façon dont il frappait les objets était similaire à la technique du son. Je « diçai » donc un numéro de porte pour lui montrer que je savais aussi le faire.

Arrivé chez moi, je consultai le web au sujet de l’œil. J’avais déjà une petite idée du symbole de l’œil dans l’Égypte ancienne et c’est par ces sites que je commençai.

« Dans l’imagerie de l’Égypte antique, l’Œil Oudjat est un symbole protecteur représentant l’Œil du dieu faucon Horus. En translittération de l’écriture hiéroglyphique, irt signifie « œil » et wḏȝ, le verbe signifiant « se préserver » ou le mot « protection ». Irt oudjat, ou plus communément oudjat, en transcription signifie donc « œil préservé », l’Œil d’Horus en l’occurrence.

D’après le mythe, Horus, fils d’Isis et d’Osiris, aurait perdu un œil dans le combat mené contre son oncle Seth pour venger l’assassinat de son père. Au cours du combat, Seth lui arracha l’œil gauche, le découpa (en six morceaux, d’après une version de la légende) et jeta les morceaux dans le Nil. À l’aide d’un filet, Thot repêcha tous les morceaux sauf un. Il suppléa miraculeusement le 6e fragment manquant pour permettre à l’œil de fonctionner de nouveau, rendant ainsi à Horus son intégrité physique.

L’Œil Oudjat avait une fonction magique liée à la prophylaxie, à la restauration de la complétude et à la vision de « l’invisible ». »[1]

Suzanne vint s’installer près de moi.

  • (…Horus…)

« Horus est l’une des plus anciennes divinités égyptiennes. Les représentations les plus communes le dépeignent comme un faucon couronné du pschent ou comme un homme à tête de faucon. Son nom signifie « le Lointain » en référence au vol majestueux du rapace.

Dès les origines, Horus se trouve étroitement associé à la monarchie pharaonique en tant que dieu protecteur et dynastique. En tant que fils attentionné, il combat son oncle Seth, le meurtrier de son père, le défait et le capture.

Seth humilié, Horus est couronné pharaon d’Égypte et son père intronisé roi de l’au-delà. Cependant, avant de pouvoir combattre vigoureusement son oncle, Horus n’est qu’un être chétif. En tant que dieu-enfant, Horus est l’archétype du bambin soumis à tous les dangers de la vie. Frôlant la mort à plusieurs reprises, il est aussi l’enfant qui, toujours, surmonte les difficultés de l’existence. À ce titre, il est un dieu guérisseur et sauveur très efficace contre les forces hostiles.

À l’opposé de Seth, qui représente la violence et le chaos, Horus pour sa part incarne l’ordre et, tout comme pharaon, il est l’un des garants de l’harmonie universelle

Dans ce cadre, Horus et Seth sont les parfaits antagonistes. Leur lutte symbolise tous les conflits et toutes les disputes où finalement l’ordre incarné par Horus doit soumettre le désordre personnifié par Seth.

Pour que l’harmonie puisse advenir, Horus et Seth doivent être en paix et départagés. Une fois vaincu, Seth forme avec Horus un couple pacifié, symbole de la bonne marche du monde. Lorsque le pharaon est identifié à ces deux divinités, il les incarne donc comme un couple de contraires en équilibre. »[2]

  • (…L’astre nocturne qui constamment disparaît et réapparaît dans le ciel…)
  • (Mais il doit provenir d’un endroit cet œil…)
  • (De l’homme de mon rêve?…)

Et il y avait Suzanne qui était entrée de nulle part dans ma vie.

  • (Les chats en Égypte…)

« Bastet est la déesse égyptienne de la joie du foyer, de la chaleur du soleil et de la maternité aux traits félins dont le centre religieux se trouvait dans la ville de Bubastis (Égypte).

Fille du dieu soleil , Bastet est cependant parfois considérée comme la fille d’Amon. Elle est une déesse à double visage : sous sa forme de chatte ou de déesse à tête de chat, elle est la déesse bienveillante protectrice de l’humanité, également déesse musicienne de la joie et déesse de l’accouchement. On la représente ainsi parfois souriante. Elle est également réputée pour ses terribles colères. En revanche, sous les traits d’une déesse à tête de lionne, elle s’identifie alors à la redoutable déesse de la guerre, Sekhmet.

La séduisante déesse à tête de chat, sacrée, protectrice des femmes et des enfants, détient le pouvoir magique qui stimule l’amour et l’« énergie charnelle ». Un atout qui lui valait un culte tout particulier de la part des Égyptiens.

Bastet est une déesse aux caractères antagonistes, douce et cruelle, elle est aussi attirante que dangereuse. Bastet est aussi le symbole de la féminité, la protectrice du foyer et la déesse de la maternité. Mais toujours en elle, sommeille le félin, et c’est ainsi que Bastet lutte contre le serpent Apophis chargé de contrecarrer la course de l’astre solaire. Elle porte souvent un sistre dans sa main.

Selon certaines traditions, Bastet serait l’épouse d’Atoum et elle aurait enfanté le lion Miysis (Mihos en grec). D’après une tombe de la vallée des reines où elle porte des couteaux pour protéger le fils du roi, elle aurait aussi enfanté et allaité Pharaon dont elle serait la déesse protectrice. »[3]

  • (…déesse musicienne de la joie…)
  • (C’est bien à propos de la musique qu’elle m’a enseigné.)
  • (D’ailleurs?)
  • (…elle dort…)

Mais je me rendis compte que l’œil était présent dans d’autres cultures. C’est ainsi que je tombai sur l’œil d’Odin, un dieu nordique.

« On représente Odin comme étant un vieillard à la barbe grise, borgne: il n’a qu’un seul œil, ayant consenti l’autre dans un sacrifice offert à la déesse Mimir, pour boire à la Source de la Sagesse et acquérir une partie de ses connaissances.

Ainsi, on raconte qu’Odin, tel que représenté par l’Arcane du Pendu dans le Tarot, se pendit la tête en bas à l’arbre sacré – l’if, ou Yggdrasil,  -. Il demeura ainsi pendant neuf jours et neuf nuits, et parvint alors à l’Illumination: apprenant des musiques merveilleuses, et perçant le Secret des Runes. Pour transmettre son message, il trouva les seize premières Runes de l’alphabet parmi les racines de l’arbre. »[4]

  • (Se pourrait-il que cet œil offert en sacrifice soit l’œil que j’ai reçu?)
  • (Égyptien ou Nordique?)

À cet instant, une explosion dans la porte vitrée du salon. Je sursautai avant de comprendre qu’un coup de tonnerre avait éclaté. Bien que ne crois pas que le tonnerre puisse tomber en un endroit, on aurait dit qu’il avait frappé à ma porte.

  • (Le dieu du tonnerre…)

Celui-là je le connaissais : Thor

« Thor est le dieu du Tonnerre dans la mythologie nordique. Il est l’un des dieux principaux du panthéon, et fut vénéré dans l’ensemble du monde germanique. On trouve ainsi différentes orthographes de son nom selon les régions.

D’après ces textes scandinaves, Thor est un dieu guerrier, le plus fort de tous. Il possède un char tiré par deux boucs qui lui permet de traverser les mondes. Son attribut le plus célèbre est son marteau Mjöllnir, avec lequel il crée la foudre, et qui lui permet surtout d’être le protecteur des dieux et des hommes face aux forces du chaos, comme les géants, qu’il abat régulièrement et dont il est le pire ennemi. En tant que dieu de l’Orage, il apporte la pluie, ce qui fait également de lui une divinité liée à la fertilité. Il est le fils d’Odin et de Jörd, et a pour épouse la déesse aux cheveux d’or Sif. »[5]

  • (Le dieu du tonnerre…)
  • (Mais le tonnerre, ce n’est que du son…)
  • (Le dieu du son…le maître du son?)
  • (Parfois les légendes…sur des vérités…)
  • (Je ne maîtrise pas encore le son…quoique…)

Mais cela ne résolvait en rien ma quête d’identité. Qui étais-je exactement et que devais-je faire de ce que je devenais? Je découvris qu’il existait aussi une histoire de la fin des temps dans la mythologie nordique :

« Le Ragnarök est une fin du monde prophétique comprenant une série d’événements dont trois hivers sans soleil qui se succèderont, suivis d’une grande bataille sur la plaine de Vígríd. La majorité des divinités comme Odin, Thor, Freyr, Heimdall et Loki, mais aussi les géants et la quasi-totalité des hommes y mourront, une série de désastres naturels verront ensuite le monde submergé par les flots et détruit par les flammes. Une renaissance suivra, où les dieux restants, dont Baldr, Hödr, et Vidar, rencontreront le seul couple humain survivant, qui repeuplera le monde.

Le Ragnarök est un thème important dans la mythologie nordique. Il est le sujet de nombreuses études et controverses visant à déterminer l’origine réelle du récit rédigé tardivement, après la christianisation du monde nordique. De nombreux spécialistes soutiennent que les textes faisant référence à la fin du monde prophétique sont inspirés des récits bibliques du jugement dernier, notamment l’Apocalypse et la fin du monde millénariste, et de l’Ecclésiaste. Certains y trouvent également des comparaisons avec des récits d’autres mythologies indo-européennes, qui pourraient indiquer une origine commune du mythe ou des influences païennes extérieures. »[6]

Je continuai ainsi mes recherches sur l’œil toute la journée ; l’œil qui voit tout, l’œil de la providence, l’œil au centre de la pyramide. Il y avait une littérature abondante. Le soir venu, je tentai de digérer tout ce que je venais d’apprendre.

Chapitre 28

Je tentai de démêler tous ces mythes pendant le reste du printemps. Vers la fin du dégel, la discussion avec Suzanne s’était de beaucoup améliorée. J’avais découvert qu’elle jouait à un jeu ininterrompu avec les chats des appartements voisins. D’après ce que j’avais compris, il s’agissait d’une chasse où la façon d’attraper l’autre était de le  surprendre à plat sur le sol. Par exemple, si l’un d’entre eux surprenait l’autre une patte par terre, il lui disait :

  • [(Ça y est, tu es pris!!)]

Et il répondait :

  • [(Non, j’avais les pattes sur la « pierre-sourire-à-un-œil!! »)]
  • [(Mais j’ai eu ta patte avant droite!!)]

 

Il repartait alors sans pouvoir se servir de sa patte à nouveau. Ils ne cessaient de nommer les trucs sur lesquels ils se faisaient prendre. Automatiquement, cet objet devenait en quelque sorte “sacré” et il appartenait à celui qui s’était fait prendre et qui l’avait nommé. Ils s’en servaient alors en invocation pour se défendre. Le but était de dénuder complètement son adversaire jusqu’à ce qu’il commence à perdre des morceaux de son corps et qu’il ne lui reste plus rien pour exister. Il fallait beaucoup de mémoire pour tout retenir.

Je passais du temps sur la galerie à observer les chats qui jouaient sur le terrain. Un matin, j’appelai Suzanne pour lui dire que ses amis étaient dans le jardin. Je passai la tête à l’intérieur pour l’appeler de nouveau. Je la vis passer en courant à travers la pièce.

  • [(Ma culotte, où est ma culotte!?!)]
  • (Sa culotte?)

Elle vînt me rejoindre sur la galerie. C’est alors que deux chats passèrent sous la galerie. « On voit ta culotte! » pensais-je à la blague. L’un deux se retourna vivement vers moi et me dévisagea :

  • [(Pas vrai!!)]
  • (Haha…)
  • (Ils se font des habits imaginaires…)

Je regardai Suzanne :

  • (Ça sert à quoi les culottes?)
  • [(Protection.)]

Je rentrai à l’intérieur amusé et la laissai à son jeu. Comme il faisait beau, je décidai d’aller me promener. Il y a un parc ou j’aime bien aller passer du temps. Il y a un petit lac artificiel et beaucoup d’arbre. Mon endroit préféré est près d’un saule pleureur dont les branches flattent lentement l’eau au rythme du vent.

J’arrivai au parc par le métro. C’était une superbe journée ensoleillée. Alors que j’arrivais sur un sentier de terre, une brise souleva la poussière sous mes pieds et j’entendis une voix féminine soulagée :

  • [(Gabriel!)]
  • (…)

Je continuai à marcher vers le lac pour aller m’étendre. Je me demandais moins qui m’avait appelé que la surprise du nom. Enfin, un nom qui donnait réponse à mes ailes. Je me rendis près de l’eau et me tournai pour parler un peu avec l’arbre. Chaque arbre est différent. Certains font sentir leur présence à plus de cinq mètres. Il faut les approcher lentement en s’arrêtant d’abord lorsque l’on ressent leur présence, leur parler de cet endroit puis, se rapprocher si l’on ne ressent aucune hostilité jusqu’à pouvoir s’asseoir tout près ou s’appuyer dessus. Comme cet arbre me connaissait bien, l’approche fût rapide.

Alors que je tournais dos à l’eau, je la sentis se connecter à trois endroits sous mes ailes. Cela se fit en douceur. Je restai un peu surpris mais me laissai faire. L’eau s’est connectée à trois bulbes. Je restai environ une minute à ne pas bouger, connecté au lac. Alors que je sentais la fraîcheur des trompes d’eau connectées à mon dos, mes yeux se posèrent sur une clé sous la table près de l’arbre. Je fermai les yeux pour prendre pleinement conscience du moment lorsque je remarquai que je voyais encore la forme de la clé même avec les yeux fermés. Elle brillait d’une lueur bleue pâle. J’ouvris les yeux et l’eau se retira. Je m’approchai de la clé, l’observai, la ramassai et l’insérai sur mon anneau de clé. Je ne savais pas ce que cette clé était, mais j’avais l’impression qu’elle représentait une permission, comme lorsque quelqu’un vous donne une clé de chez lui.

Je ne restai pas au parc très longtemps au parc. Je ne cessais de penser à Gabriel. Arrivé à l’appartement, je m’installai devant l’ordinateur et lançai une recherche :

  • (Gabriel, archange…)

« Gabriel est un personnage du livre de Daniel qui fait partie de la Bible hébraïque, ainsi que du Nouveau Testament et du Coran. Il s’agit d’un archange, bien que dans ces trois livres, il soit nommé « ange », et non « archange » Dans les religions monothéistes abrahamiques, Dieu communique avec ses prophètes soit par l’intermédiaire d’anges, soit par des visions ou des apparitions. Gabriel est considéré comme le messager de Dieu dans la Bible et dans le Coran.

Dans l’Ancien Testament, il annonce une prophétie dans le livre de Daniel. Conformément à la signification de son nom de gabar (force) et El (Dieu), « La Force de Dieu » ou « Dieu est ma Force » ou « le Héros de Dieu », lorsqu’il se matérialise dans la Bible ou quand il apparaît dans une vision, son aspect est semblable à celui d’un homme robuste. Il est considéré comme la main gauche de Dieu. »[1]

  • (Archange!!)
  • (J’ai atteint le niveau d’archange!!)
  • [(Orgueil.)]
  • (Vanité, je le sais…)
  • (Mais quand même…)
  • (La main gauche de Dieu…)
  • (Que veut réellement dire « la main gauche de Dieu »?)
  • (Peut-être une certaine autonomie…)
  • (Ils étaient tellement tous surpris lorsque mes ailes se sont déployées…)
  • (Personne n’avait deviné ma présence avant cet événement…)
  • (Et on m’a attaqué…)
  • (…Gabriel…)
  • (Je serais Gabriel…)
  • (…!?!…)

Suzanne passa en trombe dans le salon vers son bol d’eau. Elle ne fît que se regarder dans l’eau.

  • [(Mauvais sort!!)]
  • (…de?…)

Elle repasse vers le balcon.

  • (Mauvais sort?)

Elle repasse de nouveau vers son bol d’eau. Je me lève pour regarder et je vois son reflet dans son bol. Elle est maquillée comme un clown et porte une petite couronne. Je m’esclaffe de rire.

  • Tu t’es fait jeter un sort?
  • [(Pas drôle!!)]

Et elle repart.

Tout sourire, je continuai mes recherches. Gabriel est associé à l’eau et cet après-midi, ce truc qui s’est passé avec l’eau du lac m’intrigue.

  • (Gabriel et l’eau…)
  • [(Et la magie?)]
  • (L’eau, la magie, les éléments…)

« Les élémentaux furent créés pour servir l’humanité à travers leur élément spécifique: les salamandres par le feu, les ondines par l’eau, les sylphes et les fées par l’air, et les gnomes par l’élément terre. Certains s’appellent esprits et dévas de la nature. Les élémentaux sont les ouvriers de la nature.

Par l’effet et par l’usage de leur vie, ces petits êtres fournissent à l’homme les vêtements de chair qu’il porte, l’eau qu’il boit, les aliments dont il se nourrit, l’air qu’il respire et toutes les choses dont il a besoin pour vivre sur la Terre. Le plan divin prévoyait que l’homme serait servi par amour et que, en retour, il déverserait amour, gratitude et bénédictions sur le Royaume élémental.

Si vous placiez un élémental, un homme et un ange devant le calice de votre autel, ce calice apparaîtrait à chacune des consciences de manière différente : l’élémental verrait dans le verre tous ses petits amis, leurs visages luisants, leurs corps fins soutenant les contours de la coupe et de son pied, l’homme verrait le verre et jugerait sa valeur, se demandant s’il s’agit de verre ou de cristal, et l’ange verrait les pouvoirs du Feu Sacré affluant à travers le calice, attirés par vos invocations et décrets. Les activités des trois royaumes sont nécessaires à une manifestation parfaite dans le monde de la forme.

Les jeunes enfants voient souvent les fées et d’autres êtres des éléments et jouent même avec eux. Lorsqu’ils s’en ouvrent à leurs parents ou éducateurs, ils sont souvent réprimandés.

Les élémentaux sont de tailles différentes, qui vont d’environ trois millimètres jusqu’à vingt-quatre mètres. Il y a dans l’océan de grandes ondines de cette taille. Dans leur état naturel, les élémentaux agissent seulement par amour divin. Leur nature est d’imiter ou de représenter ce qu’ils voient. Ils sont essentiellement des êtres mentaux (é-lé-mental voulant dire « mental de Dieu »). »[2]

Je sortis sur le balcon pour rejoindre Suzanne qui se chauffait tranquillement au soleil. Elle ne semblait pas participer au jeu. Elle semblait en pleine méditation. Je me demandai où elle pouvait bien être rendu.

Fumant doucement cet instant agréable, je regardais nonchalamment les pierres où étaient posés les meubles d’un voisin. J’étais absorbé dans les tons de gris pâles et gris foncés lorsque je remarquai qu’il y avait des images de personnages formés par les couleurs de la pierre. Elles se mirent à raconter une histoire à laquelle je ne comprenais rien, mais je ne pouvais détacher mes yeux de la scène. Un chat passa et je perdis le fil de l’histoire. Tout s’immobilisa de nouveau. Je rentrai à l’intérieur avec un souvenir d’enfance. N’avais-je pas joué à regarder les images formées par les affreux planchers des écoles de ma jeunesse alors que j’étais aux toilettes? J’avais une impression de déjà connu.

Le soleil déclinait mais j’étais agité. Je n’arrivais pas à calmer le fait que je sois Gabriel. Ce seul nom faisait émerger en moi le doute. Étant de confession catholique romaine, le fait d’être Gabriel et qu’il existe depuis des millénaires me faisait questionner sur la réincarnation. Je n’avais pourtant aucun souvenir de vies antérieures. Je m’abîmai toute la soirée entre l’ordinateur et mes réflexions. Comme je tournais en rond et que je n’avais pas sommeil, je décidai de retourner me promener.

Il faisait nuit lorsque je descendis le boulevard St-Laurent. Un autre nom de saint. Pourtant, j’étais loin d’en être un. Plus je descendais la rue, plus celle-ci s’animait. Le bruit des automobiles laissa bientôt place aux musiques sortant des bars. Elles étaient fortes et bientôt, je sentis l’angoisse monter. La réalité semblait tranquillement imploser. Le son résonnant sur les murs les rendait présent. Trop présent. Je sentais qu’il y avait de moins en moins d’espace entre les voitures et moi, entre les gens devant les boîtes de nuits et mon espace vital, entre les murs qui me renvoyaient en entonnoir tout ce qui pouvait devenir un stimulus d’oppression. J’entendais les musiques m’inviter vers elles. Je voyais ces gens qui me regardaient avec des yeux qui m’indiquaient combien ils allaient se perdre dans ces endroits, comme moi jadis, croyant alors vivre que pour ces instants.  Ce désir de convoitise qui se lisait dans leur yeux ne faisait que me renvoyer un écho de combien ils étaient vide de sens, vide d’espoir, vide d’être. Tout était factice, tout ne semblait plus m’appartenir, tout ne semblait plus s’appartenir à lui-même.

Je longeais les rues convoitées les yeux ouverts et vers la fin de la nuit, je me dirigeai vers le parc du Mont-Royal. Je m’installai sur un banc. Enfin, un peu de quiétude. Je sentais que ce soir, je me tenais à la limite de la perception. Je ne voulais pas voir ce que j’avais vu. Je regardais la ville lorsque l’idée me pris de monter en haut de la montagne pour voir le lever du soleil.

L’escalade se fît lentement. J’étais à l’affût de la forêt et je m’arrêtais parfois pour la palper. Elle était fraîche, calme, mais vivante. Je pouvais ressentir toute cette énergie vivifiante qui contrastait avec les rues que je venais de quitter. Un peu avant le lever du soleil, j’atteignis le sommet.

J’eus l’étrange impression de me trouver dans un sanctuaire. Les pierres qui formaient l’observatoire et le bâtiment avaient quelque chose de…Grec. Je ne pouvais me l’expliquer. Probablement trop de film, mais l’impression d’être en un lieu sacré était tenace. J’enlevai mes sandales et marchai un peu pour me rendre compte que le lever du soleil ne se voyait pas d’où j’étais. Je regardai donc la ville s’éveiller dans une sensation de légèreté que l’énergie du lieu m’imprégnait. Lorsqu’il fît jour, j’amorçai ma descente.

Arrivé dans le parc, exténué, je me rendis près du monument surplombé d’un ange posé sur le globe terrestre.

  • [(Tu crois qu’il va y arriver?)]
  • [(Je ne sais pas, mais c’est sa destinée.)]
  • [(Ça lui prendra cinq années pour les avoir les deux.)]

Je regardais les statues. Elles semblaient animées de quelques millimètres comme les pierres du jardin du voisin.

  • [(Enfin il parle statue!!)]

Je m’installai sur le banc de façon à être face au monument. Il comportait plusieurs personnages. Devant moi se trouvait cinq statues de femmes.

  • [(C’est sale ici tu ne trouves pas?)]
  • [(Mais on ne peut pas y faire grand-chose.)]
  • [(Mais lui oui.)]
  • (Quoi moi?)
  • [(Et si on l’aidait un peu?)]

J’étais transit de fatigue. Je m’étirai un peu et remarquai que les bancs de parc étaient disposés en demi-cercle.

  • [(Préparé!!)]
  • (…de?..)

J’arquai mon dos courbaturé. Une espèce de catapulte d’énergie semblable à de la poussière apparue. Comme je ramenais le dos :

  • [(Feu!!)]

Je vis une boule d’énergie sale projetée au loin par la catapulte.

  • [(Voilà, ménage fait!!)]

Je restai figé devant ce qui venait de se produire.

  • (Faire le ménage?)
  • (…de quoi?)
  • [(De l’énergie négative produite par les péchés.)]

Je connaissais le parc et une foule d’image me vinrent en tête dans un même bloc. Cet effort contribua à m’affaiblir un peu plus. J’étais fatigué ; physiquement et mentalement. Je regardai encore un peu cet ange qui me faisait dos, au sommet du monument et qui gardait le silence. Sur mon chemin du retour, je croisai une église, ce qui me fît penser aux statues…

  • (…Des statues qui parlent maintenant…)
  • (…Faudra que j’aille jeter un œil aux statues de Jésus voir ce qu’il raconte…)
  • (En parlant d’église, je me demande si Athéna aussi?…)

En arrivant chez moi, Suzanne vînt me rejoindre prestement. Je compris sans qu’elle n’ait à me le dire ; son plat était vide. Probablement qu’elle ne s’inquiétait même pas de mon absence. Je la cajolai un peu entre les oreilles et mon corps me réclama le lit, ce que je lui offert avec soulagement.

Chapitre 29

Je ne pouvais cesser d’y penser. Cette façon dont la stèle d’Athéna et moi étions reliés, la façon dont la matière et l’énergie avaient changé, je ne pouvais faire taire ma curiosité. Il fallait que j’y retourne. Trop de chose avaient évoluées et il fallait que je sache si cette pierre dédiée à la déesse allait me communiquer ses pensées.

Je fis rapidement provision pour la journée dans un sac, embrassai Suzanne, vérifiai qu’elle ne manquait de rien.

  • [(Avec toi!!)]
  • (Je suis désolé Suzy, je ne peux t’emmener.)

Je la déposai au sol, fermai la porte à clé et me lançai vers le métro.

À la sortie du métro au centre-ville, quelqu’un frappa du pied près de moi. Cela fît jaillir une petite onde d’énergie semblable à la nuée qui se dégage d’un objet brûlant. J’eus l’impression qu’il tentait de faire fuir un petit animal. Je pris les escaliers pour remonter à la surface. Alors que je longeais le couloir vers la sortie, une autre personne frappa plusieurs fois du pied de la même façon. Cette fois, j’eus l’impression qu’elle tentait d’appeler un animal, comme si elle lui disait : « ici ». À la sortie du couloir, un autre pied. Je regardai attentivement à mes pieds et je constatai une nuée de petite forme dont se dégageait une intense joie. Je ne comprenais pas mais j’étais amusé. Était-ce Sue?

  • (Quoiqu’il en soi, ça reste avec moi.)

Je dormis tout le long du trajet et arrivé à Québec, j’allai directement à l’église. L’énergie était toujours subtilement vivante. J’entrai dans la salle du troisième étage. Je regardai le plancher ;

  • (T’as une histoire pour moi?)

Les points et les tâches du plancher s’animèrent presque instantanément et des formes de personnages s’y dessinèrent. D’après ce qui s’y mimait, dans cette salle, il était question d’une histoire d’amour. Je regardai lentement les différentes stèles. Le laboureur labourait toujours, mais son champ était jonché d’âmes en supplice. Le vigneron faisait les vendanges, mais son regard trahissait son vol. Elles avaient toutes une impression à me partager. Lorsque j’arrivai à la hauteur d’Athéna, je m’approchai en croyant que la connexion allait se reproduire, mais rien ne se produisit.

Bien déçu, je sorti mon harmonica, m’approchai de nouveau jusqu’à la stèle, dirigeai mon harmonica vers l’arrière de la pierre comme si je m’avançais derrière l’oreille d’une personne, l’instrument à la bouche et je lui soufflai un do.

Je crois que nous avons tous les deux fait le saut. Là où j’avais soufflé la note s’était produit un soubresaut  d’énergie, comme si une conscience avait sursautée. Je ne savais pas exactement ce qui venait de se produire, mais quelque chose avait réagi à ma note. Était-ce Athéna? Je ne pus le dire.

  • (Il faudrait bien que je lui fasse une offrande…)
  • (Question de respect…)

Je fouillai dans mes poches et y trouvai une pièce de cinq cens.

  • (Bof, c’est l’intention qui compte…)

Je plaçai la pièce sur le rebord de la pierre et remarquai que j’étais venu à Québec seulement pour voir cette stèle. Je décidai  donc d’aller faire une petite visite de la vieille ville. Je voulais regarder le fleuve à partir de l’obélisque, m’asseoir à cet endroit et me rappeler ce soir où j’avais cru que la providence avait placée Mam’selle Zoé sur mon chemin. C’est alors que j’aperçus un asiatique qui flânait sur le quai de la promenade. Son attitude attira mon attention. Il m’apparaissait comme s’il attendait sans attendre, un peu comme le moine bouddhiste que j’avais rencontré. Je n’y portai guerre plus d’attention.

En moins de deux heures, j’étais de retour à la gare d’autobus. Alors que j’admirais l’architecture de la vieille gare, mon regard se posa sur l’horloge où était sculptés les armoiries du Canada. L’inscription me frappa : « Dieu et mon droit » Je restai à lire et à regarder le lion et la licorne. C’était la première fois que je remarquais que la licorne était enchaînée.

  • (…Dieu et mon droit…)
  • (…à rechercher…)

Ce que je fis dès que j’arrivai chez moi.

« Dieu et mon droit est la devise de la monarchie britannique, depuis l’époque d’Henri V (1413, 1422). Cette devise est en français car depuis la conquête des Normands, le vieil anglais n’est plus la langue de l’élite anglaise. Cette devise ferait référence au droit divin des rois, et aurait été utilisée comme mot de passe. En français d’aujourd’hui la locution « Mon droit divin » respecterait le sens originel et prêterait moins à confusion.»[3]

Je regardai aussi pour la licorne :

« Le lion de l’Angleterre et la licorne enchaînée de l’Écosse tiennent l’écu ; ce sont les mêmes supports que sur les armoiries du Royaume-Uni, à la différence que les supports canadiens ne sont pas couronnés. Chaque support tient aussi une lance ; un «Union Flag» flotte sur la lance du lion, et la bannière royale de France (d’azur aux trois fleurs de lis d’or) flotte sur celle de la licorne. Ces marques royales sont un souvenir des armes royales britanniques à l’époque où les souverains d’Angleterre revendiquaient le titre de roi de France et portaient les lis sur leur écu. »[4]

« Jusqu’au xive siècle, la licorne était quasiment absente des blasons. La licorne est devenue l’un des emblèmes les plus utilisés par les seigneurs et chevaliers à partir du XVIIe siècle, elle symbolisait leurs vertus car « sa noblesse d’esprit est telle qu’elle préfère mourir qu’être capturée vivante, ce en quoi la licorne et le vaillant chevalier sont identiques » et « cet animal est l’ennemi des venins et des choses impures ; il peut dénoter une pureté de vie et servir de symbole à ceux qui ont toujours fui les vices, qui sont le vrai poison de l’âme ».

Bien que les licornes héraldiques portent parfois un collier et des morceaux de chaînes, qui peuvent être interprétés comme un signe de servitude, elles ne sont jamais représentées attachées, ce qui montre qu’elles ont rompu leur servitude et ne peuvent être prises à nouveau.[5]

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours une émotion douloureuse lorsqu’il s’agit de mon pays. Il y a cette devise populaire qui circule et qui me touche particulièrement : « Je me souviens d’être né sous le lys et d’avoir grandi sous la rose. » Le lys représente la France et la rose l’Angleterre. Mais au travers de mes lectures, j’appris que le lys et la rose avaient aussi une définition symbolique dans le domaine de l’ésotérisme.

Le lys était très présent dans le monde romain chrétien et byzantin. Certains la déclaraient la « plante royale ». Il est présent dans le monde Franc et se trouve dans la symbolique des rois de France.

« De nombreuses légendes ont cherché à expliquer l’origine des armes de France. Parmi les hypothèses donnant à la fleur de lys des origines religieuses, on peut citer cette légende : dans l’ancienne forêt de Cruye (actuelle forêt de Marly), près du château de Montjoie où la tradition a fait séjourner Clovis et son épouse, vivait près d’une fontaine un ermite que la très chrétienne reine Clotilde avait l’habitude de venir consulter. Un jour qu’elle était en prière avec le saint homme, un ange leur serait apparu et lui aurait demandé de remplacer l’écusson de son mari portant trois croissants ou trois crapauds par trois fleurs de lys qui brillaient d’une couleur d’or sur la plaine de l’actuel Joye-en-Val. On prêtait à Clovis avant sa conversion des armes à trois crapauds. » « Clovis est considéré dans l’historiographie comme un des personnages historiques les plus importants de l’histoire de France ; la tradition républicaine reconnaît en lui le premier roi de ce qui devint la France, et la tradition royale voit en lui le premier roi chrétien du royaume des Francs. »[6]

  • (!!!)
  • (…des crapauds…)
  • (Est-ce pour cette raison qu’on nous appelle « frog »!?!)
  • (…des grenouilles…avant la royauté…)

Je repensais à la belle biche avec qui j’avais fait la converse au sujet de la souveraineté et à la blague que j’avais fait au sujet de la descendance royale par les filles du roi. L’idée de roi du Québec ne me plaisait guère mais celle du Royaume du Québec avait quelque chose de séduisant. Le tonnerre gronda à l’extérieur. Tout était devenu sombre sans que je ne le remarque. J’allai fermer les fenêtres avant qu’il ne pleuve et m’installai sur un fauteuil près de la porte vitrée. Nous allions avoir un bel orage. Au premier coup de tonnerre, Suzanne arriva à pleine vitesse, les yeux écarquillés de frayeur et se fît une place sur mon fauteuil. Je la rassurai mais son inquiétude m’inspira ;

  • (T’as peur?)
  • [(Trop bruyant!!)]
  • [(Et partout)]
  • (…Et si je jouais un peu moi aussi…)

J’attendis le prochain éclair. J’étais prêt pour le tonnerre. Lorsque finalement un éclair craqua le ciel, je m’élançai à sa poursuite et lorsque le son arriva à mes oreilles, j’occupais déjà une grande partie du ciel. Le tonnerre ne se laissa pas prendre. Il roula entre mon étreinte, se faufilant de mon esprit pour finalement s’éteindre hors de ma portée. J’attendis le prochain en me fixant un endroit où faire mourir le son. Bien que j’eus droit à quatre autres essais, je ne réussis qu’à orienter le son vers la cible, sans toutefois l’atteindre de quelques kilomètres près. C’est alors que je remarquai que Suzanne ronronnait comme un moteur. Elle était chaude et douce. Elle semblait être heureuse du spectacle, heureuse de son apprenti.

Je profitai de l’accalmie pour rafraîchir l’appartement et m’étendre sous la brise humide qui entrait. Je dormais profondément lorsque je fus réveillé par une violente crampe au ventre.

  • AUGUSTE!!!

Mon ventre s’était noué d’un seul coup. Auguste était le nom que j’avais donné à un arbre que j’avais planté sur le terrain familial un mois d’août lorsque j’étais enfant. Ces dernières années, j’aimais aller m’adosser à son tronc et à laisser vaquer mes pensées. Je lui confiais plein de chose et il était au courant de mon tourment du départ et de ceux qui avaient suivi. Je n’allais pas à la confession mais je m’ouvrais à cet arbre comme s’il était mon ami, comme s’il m’écoutait, comme s’il me comprenait. Après être devenu grand et fort, Auguste était tombé malade. La maladie du hêtre.  Les fourmis avaient élus domicile et certaines branches commençaient à mourir. J’aimais néanmoins qu’il soit là. Il me rappelait comment j’avais grandi en même temps que lui. Comment j’étais devenu fort. Et comment nous traversions l’épreuve. Je ne sais en quoi j’étais lié à cet arbre, mais ce réveil ne me semblait pas de bon augure. Je me levai, fis du café, empoignai mon paquet de cigarette, m’allumai sur le grille-pain et m’installai devant mon écran.

  • (…hêtre…)

« L’origine du monde est souvent représentée par un arbre ayant les racines dans le ciel. Il représente la force universelle qui se déploie dans la manifestation. Elle part des racines cachées, d’en haut et se manifeste dans le tronc, les branches, le feuillage et les fruits ; les racines obscures contiennent potentiellement toutes les semences.»[7]

« L’arbre a ses racines dans le sol et ses branches dans les nuages, il symbolise l’aspiration de l’homme vers le sacré, le divin. Nos lointains ancêtres ont honoré les arbres. Le hêtre était l’arbre sacré des hommes du néolithique et de l’âge du bronze. Le chêne celui de l’âge du fer donc des celtes et le frêne était l’arbre sacré des germains. Ces trois arbres sont présents dans notre région, non seulement physiquement mais aussi dans la toponymie et dans l’imaginaire, on peut dire dans notre inconscient mythologique. Avec l’arrivée sur notre sol des Indo-européens, en l’occurrence des celtes, l’arbre sacré devient le chêne. Le hêtre perd sa place. Ce même phénomène s’était produit en Grèce lorsque les Achéens qui sont des Indo-européens ont supplanté la vieille population, l’arbre oraculaire de Delphes, un hêtre, sera alors remplacé par un chêne. »[8]

  • (Avait-on coupé mon arbre?)

« Le Hêtre : Le Hêtre symbolise la confiance, la patience, la douceur, la vitalité, le raffinement, la joie, la féminité, la confiance en soi, la sérénité, la prospérité, et le succès en société.

Pour les druides d’Irlande, il représentait la connaissance écrite, symbolisée par des signes. Le mot anglais book vient d’un mot gothique signifiant lettre, rattaché au mot beech, hêtre, dont on se servait pour faire les tablettes à écrire. (Hêtre était ainsi un synonyme de littérature). Il limite la perméabilité aux émotions des autres et apporte le calme nécessaire pour aborder le tourbillon de la vie. »[9]

Le soleil n’était pas levé et ma journée était déjà bien entamée. Je consultai différents site web sur les celtes et les druides. C’est en me prenant un truc à manger que je remarquai sur la table mon livre des religions du monde. Nerveusement, je le consultai. Il y avait de belles images, mais l’une d’entre elle m’hypnotisa. Il s’agissait d’une divinité représentée par un homme avec des bois, tenant un serpent dans une main et un « torque », un collier celte, à la main droite pour contrôler le serpent.

  • (…des bois…)
  • (…le serpent…)

Le monde Celte m’attira toute ma journée. Il est remplit de personnages fantastiques, d’elfes et de lutin, parle de symbiose avec la nature, les arbres y sont sacrés mais par-dessus tout, il y a la légende d’Excalibur, l’épée du rocher.

« Le trône du royaume de Bretagne était vacant et convoité par de nombreux nobles qui se battaient fréquemment pour se l’approprier. Devant cette discorde, le magicien Merlin convoque les barons du royaume à Logres pour la veille de Noël. Dans la nuit, apparaît mystérieusement un bloc de pierre carré supportant une enclume dans laquelle est plantée une épée. Sur la lame est écrit que celui qui parviendrait à l’en retirer deviendrait le roi de toute la Bretagne. Personne n’y parvint, sauf le jeune Arthur.

Pour gagner l’épée, Arthur fait une promesse à la Dame du Lac mais ne tient pas parole, celle-ci ayant été décapitée sous ses yeux dans son château. Merlin aurait demandé à Arthur : « Qui des deux est le plus précieux ? L’épée ou le fourreau ? » Arthur répondit : « L’épée, assurément. — Faux, c’est le fourreau car, tant que tu le posséderas, tes ennemis ne pourront te tuer. »[10]

Cette histoire de Merlin et de magie m’engouffra sur tout ce qui pouvait m’en apprendre sur la magie et les quatre éléments. Je ne pris pas conscience de mon avidité et j’oubliai de manger tout le jour. Le soir arrivé, je tentai ma première expérience de magie. Il s’agissait d’une étape pratique dans la vie d’un chamane et ne requerrait rien sinon un miroir.

Dans les peuples anciens, le rite se pratiquait grâce à une assiette de métal polie où le chamane était en mesure de voir sa réflexion. J’utilisai le miroir de la salle de bain. Le but était de regarder suffisamment longtemps son image sans la fixer directement afin de laisser la partie de son âme dans le miroir s’animer pour voyager dans les différents mondes et de revenir en informer le chamane.

Cela me rappelait ce que je faisais avec les pierres du jardin ou lorsque je tentais la fluidité de la maya. Je me plaçai donc en face du miroir. Après quelques minutes, comme rien ne fonctionnait, je me répétai comme pour la fluidité de la maya qu’il n’y avait que la relation qui existait, que tout n’est qu’énergie. Alors que je regardais entre moi et le miroir, je pouvais voir mon image et un mot me vint à l’esprit :

  • (Disparaît.)

L’image du miroir devînt floue et s’estompa. Je ne voulais pas briser mon focus, mais je figeai lorsque mon image disparue. Je voyais le mur derrière moi! C’est alors que du coin de l’œil, je vis une lumière orangé illuminer le passage à l’extérieur de la salle de bain.

  • (Qu’est-ce?)

La lumière tourna au blanc doré mais je continuais à être fasciné par mon absence d’image dans le miroir. C’est alors que je sentis une présence dans le cadre de la porte.

  • [(Tu brûles!!)]
  • [(TU BRÛLES!!)]
  • (?!?)

Je regardai ma main et je la secouai violemment. Sans réfléchir, je donnai un coup de poing dans le miroir et brisai la glace. Le feu disparu mais j’avais le bout de deux doigts pleins de suie. J’avais le cœur à rompre. Personne n’était à mes côtés, la glace était brisée et j’avais le bout des doigts noirs.

Je n’avais absolument aucune idée de ce qui venait de se produire. J’enfilai cigarette sur cigarette tentant de trouver une réponse sur le net à cette combustion spontanée jusqu’à ce que le sommeil me force à abandonner.

Chapitre 30

Le ciel était humide lorsque je refis surface. Mon appartement était crasseux, tout comme moi. Après la douche, je décidai, en me regardant dans mon pas-de-miroir qu’il était temps d’une coupe de cheveux.

Comme je m’asseyais sur la chaise de la coiffeuse, plus tard dans la journée, je pensai au miroir. J’étais assis devant un autre miroir. Je commençai à avoir chaud. La coiffeuse tentait de me faire la discussion mais elle se rendit à l’évidence que je n’étais pas bavard. Alors qu’elle était dos au miroir, je vis que mon reflet avait des yeux bleus qui brillaient comme des saphirs. Je clignai des yeux plusieurs fois mais rien n’y faisait. Il y avait sur le miroir une espèce de film transparent dont je pouvais voir l’épaisseur. J’étais concentré lorsque la coiffeuse s’exclama :

  • Terminé!!
  • Vous avez réussie à me faire beau?
  • Regardez vous-même…

Je regardai le miroir avec un petit rire.

  • Je suis nettement amélioré. Merci.
  • Je n’ai pas fait grand-chose…

Je reconnaissais où la discussion s’en allait. Comme souvent, je fermai la porte. Je payai en discutant du beau temps et me rendis à l’extérieur. Il ne faisait pas soleil et c’est la première chose qui attira mon attention. Quelque chose avait changé.

  • (Ma chemise?)
  • (Mon manteau?)
  • (…les cheveux?)

Je ne comprenais pas. J’avais la sensation d’être une autre personne. Quelque chose de sombre s’était éveillé en moi. Je me sentais anormalement masculin. Il y avait autre chose, j’étais quelque chose d’autre. Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus, mais ma façon de regarder le monde, ma façon d’être appelait une image de déjà vue. Était-ce un personnage de film? Je regardai de nouveau les nuages et décidai que je pouvais bien passer un après-midi au parc. J’avais envie de voir la crue des eaux et je savais exactement où aller.

Lorsque j’arrivai au parc. Je m’approchai de la rivière et croisai une femme au téléphone cellulaire.

  • Merci beaucoup. Vous êtes vraiment médecin.
  • (…médecin…)
  • (…beaucoup peuvent entrer à la faculté mais ce n’est pas tout le monde qui peut faire médecine…)

La rivière rageait sous un bateau du service d’incendie qui pratiquait un exercice. J’allai sur le sentier au bord de l’eau jusqu’au gazon où était accroupie une jeune femme à la longue chevelure sombre. J’étais curieux de ce qu’elle faisait et je restai à la regarder. Sa peau était d’une pâleur que je n’avais jamais vue. Elle contrastait avec le noir de ses cheveux. Elle me jeta un petit regard, se leva en laissant derrière elle un objet sur le sol. Je m’avançai pour découvrir une couronne celtique faite de petites branches d’arbre. Je levai les yeux mais elle avait disparue.

Je longeai encore la rivière et ramassai quelques branches pour tenter de refaire l’exercice. Il fallait du talent. Alors que je renonçais à cette discipline, j’entendis un homme parler. C’est son accent qui attira mon attention. Cela ressemblait à du russe mais l’homme avait les traits sombres d’un gitan.

  • (Roumanie peut-être?)
  • [(!?!)]

Ils remarquèrent que je n’étais pas loin. La femme qui était avec lui fît un geste pour qu’il ne me prête pas attention et ils se levèrent pour marcher plus loin. Bien que ce fût la première fois que j’entendais parler cet homme, cet accent m’était familier. Je les laissai prendre de l’avance et je retournai vers eux pour saisir un mot ou deux. J’avais l’impression qu’ils parlaient deux langues mélangées. L’homme me renvoyait à cette impression de masculinité exacerbée qui m’habitait. Ses traits m’appelaient à m’identifier avec ce qui m’habitait. Il me jeta de nouveau un regard ce qui mît fin à ma promenade.

J’allai déjeuner dans un petit restaurant alors que la brise rappelait la fraîcheur du printemps. Un groupe qui me semblait une famille de douze occupait une grande table près des banquettes. Je pris place et commandai rapidement. Devant moi, une femme et une jeune fille. Il commença à mouiller. Quelques-uns de la famille se pressèrent les uns sur les autres comme transit de froid.

  • [(Ils sont sensibles à l’humidité.)]
  • (C’est des elfes?)
  • [(Des fées.)]
  • [(Elle est en fleur, ils ont du travail.)]
  • (…)

Après avoir payé, je retournai rejoindre Suzanne. Je songeais à tout ce fantastique, à mes ténèbres, mais surtout aux élémentaux…l’eau, l’air, la terre…le feu…

De tout temps, le feu fascine. Il est chaleur et lumière, il éclaire sur le chemin de la connaissance. J’entrepris donc de laisser une présence pour cet élémental en achetant un cierge. Le soir venu, j’allumais ce cierge et comme mes ancêtres, je le laissais éclairer faiblement mes soirées. Suzanne aimait cette flamme. Elle venait s’installer près de moi et s’y perdait pendant d’interminables minutes. De même, je commençai à aimer me perdre dans cette petite flamme chevrotante.

Je commençai aussi à prendre l’habitude de marcher le soir. L’été se faisait sentir et son arrivé me redonnait de l’enthousiasme et de l’énergie. J’aimais aller au parc et courir pieds nus dans l’herbe au son de la musique afin de me couper du bruit extérieur.

Le son était devenu atroce. Je portais en permanence mon casque de musique pour contrôler en privé le son et les stimuli externes. Je m’étais beaucoup informé sur la magie, particulièrement sur le feu et l’eau. J’avais l’impression que la moindre parcelle de la matière me parlait, que l’interaction avec elle était décuplée.

Par une matinée nimbée de réminiscence de rêve, d’un déjeuner café cigarette, je me demandai quoi faire lorsque l’on a plus de vie?

  • (La bibliothèque reste une bonne option.)

Internet est une bonne source d’information, mais pour des informations complètes, rien ne vaut un bon livre. La bibliothèque du quartier était un vieux collège catholique qui avait été transformé pour les livres. J’aime les bibliothèques. Je pris le temps de la visiter, de longer les murs et les rayons, de regarder sans orientation vers quels livres mon intuition me mènerait. Puis, je pris un siège pour feuilleter ma cueillette. Alors que j’étais absorbé par ma lecture, je sentis  une présence derrière ma tête, comme si quelqu’un me passait la main dans les cheveux ; j’entendis une voix qui me fît me redresser sur ma chaise.

  • [(Rayon de la magie.)]

Après plusieurs battements de cœur, je me levai pour partir à la recherche des livres de magie.

  • (Qu’est-ce que cette présence…)
  • (Est-ce un esprit associé à ce vieil établissement?)
  • (Il y avait des prêtes ici jadis…)
  • (Magie….Magie….Magie…voilà!!)

J’en consultai plusieurs pour finalement n’en retenir qu’un. La majorité n’était que des livres historiques mais celui-ci était particulier. J’allais partir lorsque je constatai que je me retrouvais près d’un rayon que je connaissais bien. C’était mon rayon préféré lors de mes études d’enfance. Le rayon où l’on trouvait les grands mystères de l’Égypte, de l’Atlantide, des pyramides mayas, des énigmes de l’univers. Je retrouvai un livre que j’avais consulté dans ma jeunesse et je l’empruntai aussi.

Je retournai à la maison pour passer une autre journée cloîtré. Le livre de ma jeunesse était un livre sur les énigmes de l’univers. Je ne me souvenais pas très bien du contenu, mais très bien de la couverture et de l’avoir consulté.

L’une de ces énigmes concernait un petit village de France. Il était nommé la capitale occulte de la France. Il y avait dans ce village un curé qui aurait découvert un trésor qui pouvait être le trésor des templiers ramené de la guerre sainte et à partir duquel le curé aurait rénové l’église du village. Aux yeux de certains, l’église était de mauvais goût mais tous s’accordaient pour y voir un mystère, une énigme. Quel message avait tenté de laisser ce mystérieux curé? L’un des plus frappants était la présence de deux enfants, l’un dans les bras de Joseph, l’autre dans les bras de Marie.

  • (…un petit garçon et une petite fille…)

Je me doutais fortement de qui était la petite fille. Il s’agissait de celle qui m’accompagnait maintenant tous les jours, il s’agissait du principe féminin que je retrouverais un jour sous une forme ou sous une autre, il s’agissait de Zoé.

Peut-être ces deux enfants représentaient-il le yin et le yang et que toute cette existence n’était que l’histoire de leur amour, de leur rencontre et de leur séparation avant de se rechercher de nouveau.

Le soir arriva et après avoir fumé mon dessert et regarder le soleil descendre, je m’étalai pour relaxer les yeux fermés. Il n’y avait aucune lumière à l’intérieur de ma tête lorsque je remarquai une ombre de chat. Était-ce Suzanne? Après avoir tenté de chasser cette ombre et n’y parvenant pas, je me levai pour prendre une boisson. Sur le mur du salon, j’entrevis mon ombre :

  • [(Ouvre!!)]

Je me pris une boisson gazeuse. En repassant près du mur, je m’arrêtai pour regarder mon ombre :

  • [(OUVRE!!)]
  • (Ouvrir quoi?!?)

Je reconnaissais la voix mais ne put dire à qui elle appartient. Je laissai passer et retournai à mon confort. Je fermai les yeux.

  • (Encore ce chat dans ma maison.)
  • (…d’ailleurs, où peut bien être Suzanne?)
  • (Décidément, pas de tranquillité ce soir.)

J’allumai la télévision. Un reportage sur un festival de musique qui montrait un groupe de rock-punk. Avant de commencer, le chanteur s’écria :

  • DICE ME!!!

Était-ce possible? C’était mon mot. Moi seul savais ce que voulait dire ce terme. Le chanteur avait l’air épuisé. Le fait de « dicer » mes musiques affectait-il les personnes en vrai? Alors que je contemplais la lumière du soleil sur une partie du mur de ma chambre, je vis apparaître des petites formes. L’une d’elle ressemblait à une souris et à sa gestuelle, je comprenais qu’elle venait demander que je sois juge d’une querelle. Je la vis m’expliquer le litige mais ne fus pas en mesure de tout comprendre. Je me lassai de mon incompréhension et me levai pour déjeuner.

Pendant que je sirotais mon café-cigarette, je consultai le livre de magie que j’avais emprunté. Avait-il ouvert une quelconque porte? Il était plutôt rempli de recette pour des concoctions afin de régler différents maux. L’une d’elle était une recette à base de poudre de cuivre pour guérir la rosacée.

Lorsque je sortis à l’extérieur par ce magnifique début d’automne, le son se fît grave, terriblement grave. Tout ce que j’entendais était le son des automobiles et combien fort il était. Il sautait d’une automobile à l’autre et j’avais l’impression qu’il me suivait partout où j’allais. Même dans le silence j’avais l’impression que le son allait se chercher un nouvel élan au loin pour venir bondir près de moi. Je n’entendais aucune parole, que du bruit. Puis, retournant chez moi après ma marche j’entendis :

  • [(Aide-moi à naître)]
  • (…)
  • [(…)]

Je m’allongeai pour repenser à ma journée et à la veille. Qui devais-je donc accoucher? Je m’assoupis un peu lorsque je sentis un vif picotement sous le pied gauche. Levant la tête pour voir ce qui était, j’entrevis un bref dédoublement d’une des boîtes dans ma penderie. Une fois, deux fois, et mon pied entra en résonance. C’était comme si l’on venait de me percer le pied d’un pieu. Je pensai aux nombreuses histoires de stigmates de Jésus et espérai que je n’aurais pas à vivre cela.

Je consultai mon ordinateur pour comprendre qu’il s’agissait en fait d’un chakra au niveau du pied et qu’il arrivait parfois que les chakras s’ouvrent violemment. Rien à voir avec Jésus finalement. J’étais soulagé, mais cela ne dura pas.

J’avais emprunté un livre de magie à la bibliothèque du quartier. Dans sa préface était un texte que l’on ne pouvait lire que dans un miroir, ce que je m’étais empressé de faire. Rien de particulier ne s’était passé. Pendant la nuit, je fus réveillé en sursaut. Quelqu’un s’était engouffré en moi entre mes ailes. Je restai sans bouger, attendant toute manifestation.

C’est alors que je sentis une énergie au niveau de ma tête. Cela me fît penser à une couronne. J’entendis une musique de heavy métal. Comme je ne pouvais me rendormir au son de cette musique et étant d’un naturel festif, je commençai à apprécier. Le rythme était bon, la guitare rapide et la basse du tonnerre. La couronne commença alors à s’incruster plus profondément dans ma tête jusqu’à toucher le cube.

Étant un endroit sensible, je me défendis en inversant le sens de rotation de la couronne. Puis je me forçai à penser à une musique rapide que j’aimais bien et je commençai à imaginer ses sons. Après un combat de quelques minutes, la couronne jouait ma musique préférée et n’était plus du tout intrusive. Écoutant la musique et fier de ma réussite, je tentai de m’assoupir lorsque j’eus la vision de l’espace. Puis l’espace se mis à bouger.

Je voyais des étoiles par millier se déplacer jusqu’à ce que je sorte de la voie lactée et puisse la voir en entier. Alors que je la contemplais, elle se voilà sous une brume noire. Je continuai mon voyage dans les étoiles jusqu’au moment où tout s’arrêta. J’avais une vue panoramique de plusieurs galaxies. C’est alors que toutes les galaxies se mirent à bouger montrant comment elles étaient sur une seule et même toile. Je vis une gigantesque baleine dont le corps était composé de ces galaxies se mouvoir et s’éloigner loin de moi.

Lors de ma sortie matinale pour aller fumer, je fus harcelé de nouveau par le son. Cette fois, c’était différent. Le son semblait bondir d’un endroit à l’autre. Il ne provenait pas des bruits qui m’environnaient. On aurait dit que les sons qui venaient me happer étaient choisis ; ils avaient un intervalle régulier. Je fis ce que j’aurais dû faire depuis longtemps. Je lançai une recherche sur le son et les phénomènes paranormaux. Au bout de nombreuses journées d’efforts et par un miraculeux coup du destin, c’est dans une recherche croisée que je trouvai une esquisse de solution. Alors que je recherchais des informations sur le yin et le yang, le principe masculin et féminin des religions asiatiques, je tombai sur un article parlant de dragon oriental.

« Contrairement à son cousin occidental, le dragon chinois ne ressemble pas à un dragon dès sa naissance. Il passera par divers stades de métamorphose qui s’étendent sur 3 000 ans.

L’œuf de dragon n’éclot qu’après 1 000 ans, donnant naissance à un serpent aquatique. Il acquiert, après 500 ans, une tête de carpe. La parenté entre dragons et carpes ne s’arrête pas là: selon la tradition, il existe dans le pays plusieurs chutes d’eau et cascades nommées Porte du dragon. Les carpes qui parviennent à remonter se changent en dragons.

 

Durant la suite de sa métamorphose, le dragon chinois conserve un corps anguiforme, mais celui-ci se couvre d’écailles, de longues moustaches sensorielles caractéristiques et une barbe se développe. Il développe aussi quatre courtes pattes terminée par des serres, ainsi qu’une queue allongée. Le dragon impérial possède cependant cinq doigts à chaque patte. À ce stade, le dragon s’appelle jiao-long. Il n’arrivera en effet à percevoir les sons que cinq siècles plus tard, lorsque ses cornes en bois de cerf se développent, lui permettant d’entendre. Cette forme est la plus commune dans les représentations traditionnelles du dragon.

Il atteint finalement l’âge adulte après un autre millénaire, obtenant de facto une paire d’ailes ramifiées. Il devient à ce moment le ying-long.

La première étape de ses manifestations est le « dragon invisible », à l’image de la semence enterrée, le pouvoir de la création non encore exprimée. La deuxième est nommée « dragon des champs », à l’image du germe qui croît, mais n’est pas encore visible. La troisième se nomme « dragon visible », et symbolise le germe apparaissant hors de terre. La quatrième est le « dragon bondissant » : la plante croît et donne ses fruits. La cinquième est dite « dragon volant », à l’image des graines et pollen qui essaiment. La sixième enfin est le « dragon planant », c’est l’esprit qui ordonne le tout, le roi-dragon céleste. »[11]

Se pouvait-il que toutes ces manifestations d’elfes et de magies n’aient été que ce dragon tentant d’entrer en contact avec moi? Se pourrait-il que ce soit lui la cause de toutes ces manifestations? Mais il n’était pas la cause de la fluidité du réel, pas plus qu’il n’était la cause de mon côté chamanique. Mais s’il était réel que je devais aider à naître un être en rapport avec le son, j’étais le maître idéal pour lui permettre de mûrir.

Mais il y avait aussi le rapport à l’apocalypse de la bible. N’y était-il pas mention d’un dragon? N’étais-je point Gabriel? Mais c’était Michaël qui était censé tuer le dragon, pas moi. Est-ce que cela avait un rapport avec Clara? Était-elle en mesure de me délivrer de l’étreinte de ce dragon qui communiquait avec moi par le son? Mais il était en mesure de parler. Ne m’avait-il point demandé de l’aider à naître? Je trouvai dans une référence au livre d’Énoch que Gabriel est le préposé aux dragons. Devais-je y voir une tâche que je me devais d’accomplir? Je me résolu ferme à l’apprivoiser, à apprendre à le connaître et à communiquer avec lui.

Le premier entraînement fût de « jouer à la baballe ». Cela n’avait rien d’original, mais vu l’ampleur du terrain de jeu, on était loin de mon petit appartement avec Suzanne. De plus, je m’étais inspiré de ces carnavals chinois où la tête du dragon suit un simulacre de perle mise en mouvement devant lui. D’après mon diagnostique, il arrivait souvent qu’il était confondu entre le son qu’il émettait et le son qu’il provoquait. Il semblait s’emmêler dans ses pattes et dans son propre bruit. De plus, j’estimai sa longueur à près de 200 mètres.

Les jours qui suivirent, je pris beaucoup de notes sur la magie et sur les différentes observations et exercices que j’effectuais avec jiao-long. Le deuxième exercice fût le lancer-attraper. Il s’agissait de lui faire comprendre qu’il lui fallait attraper ses sons pour lui permettre d’affiner sa capacité à projeter le son pour se faire comprendre. Ce ne fût pas facile au début et peut-être m’y suis-je mal pris mais ma technique fût de « dicer » tout ce que je cru être hors rythme. Je dus parfois frapper la tête car une journée, le son fût atroce ; il provenait de partout. Je pris cela pour de la frustration et calmai mes ardeurs. Je le laissai s’empêtrer dans ses sons jusqu’à ce que je remarque une amélioration. Il avait compris et améliora grandement sa technique à diriger le son et à ne plus être son esclave. Je l’aidai un peu en lui faisant remarquer certains sons qu’il semblait ignorer. Je fus ensuite témoin d’une grande joie. Alors que j’étais à l’intérieur, je le sentais venir chercher le son des voitures et repartir comme un voleur. En fait, il bondissait de son en son et partait au loin avec un sentiment de petite malice.

Il n’y avait pas beaucoup de dialogue entre nous. Seulement du jeu. Je l’initiai alors à ma technique rapide du baladeur afin qu’il puisse saisir le mouvement de l’énergie qui rythme autour du corps. Je dessinais des formes langoureuses et les faisais tournoyer autour de mon corps tout en prenant soin d’appliquer de la retenu dans la longueur des sons. À cet instant, il s’immisça en moi. En fait, il vînt superposer sa tête à la mienne pour entendre ce que j’entendais. Pendant ce moment de présence, mes deux yeux furent unifiés dans une perspective à un seul œil. Par cette façon de voir le monde, je pouvais entrer en communion avec l’esprit de Jiao-Long. Je remarquai, par cette union, qu’il était en mesure de s’insinuer dans beaucoup d’esprit. C’est alors que la lumière revînt dans mon esprit. Je savais que j’allais encore avoir de la difficulté à trouver le sommeil. Mais cette fois, la lumière était différente. Il y avait plein d’images fugitives et parfois des impressions qui ressemblaient à des idées naissantes. Jiao-Long semblait particulièrement apprécier celles-ci.

J’étais tellement pris par ma nouvelle occupation que j’en oubliai de payer le loyer du mois et la propriétaire n’était en rien flexible. Elle ne me laissa qu’une journée pour quitter le loyer. Sans grande surprise, ce fût un retour à l’hôpital.

Chapitre 31

Un nouvel hôpital. Cette fois, on ne me laissa pas partir. Comme j’en étais à plusieurs hospitalisations, il devait y avoir une cause. Cet automne fût long. Je restai jusqu’à Noël.

Après les fêtes passées en famille, je me trouvai à Montréal un appartement près de l’université avec la ferme intention de terminer ce que j’avais commencé. Je pus étudier pendant presque deux années sans qu’aucuns problèmes ne surviennent. Vers la fin de l’automne 2012, je commençai à avoir des acouphènes. J’entendais distinctement certaines hautes fréquences et cela nuisait grandement à ma concentration. Au bulletin de nouvelle du soir, un reportage sur la prophétie Maya. Il s’agirait d’un alignement planétaire. Non seulement un alignement, mais la fin d’un cycle. Pour les Mayas, un cycle équivaut à près de 26 000 années.

Je recommençai à avoir des visions. Cette fois, les couleurs étaient claires. Je voyais souvent une pyramide maya dans une agréable lumière bleu clair aux contours dorés. Je n’arrivais pas à déterminer s’il s’agissait d’une ancienne vie car je ne voyais personne ; que des pyramides. J’abandonnai encore l’école. Décembre passa et en janvier, je fis un rêve. Je remettais solennellement une épée à une personne importante. Dans ses mains, elle était tordue mais lorsque l’on me la remit ainsi, je leur montrai de nouveau et elle était absolument droite. Puis février apporta ses nouvelles : Le pape de l’Église Catholique Romaine démissionnait. Je n’arrivais pas à y croire. Comment pouvait-on démissionner si l’on avait été élu par l’Esprit Saint? Il y eut une grande couverture médiatique et l’on rappela au goût du jour les prophéties de Malachie, une prophétie constituée d’une devise pour chaque pape jusqu’au temps derniers. Le Pape actuel qui allait démissionner correspondait à la dernière devise des prophéties : « (De) gloria olivae » qu’on peut traduire par « de la gloire de l’olivier ».

Je fis tout de suite le lien entre cette devise et Athéna. Dans la légende grecque, Athéna dispute la souveraineté d’une région de la Grèce à Poséidon. Afin de déterminer le souverain, ils devaient faire don d’un présent aux habitants pour que ceux-ci choisissent. Athéna apporta un olivier tandis que Poséidon fît jaillir une source d’eau salée et un étalon noir invincible au combat. L’olivier étant symbole de paix, les habitants le choisirent et c’est pourquoi Athéna est devenue souveraine de cette région et que l’olivier est son symbole.

Je cherchai sur internet les autres devises. Après la gloire de l’olivier devrait paraître Petrus Romanus ; « Dans la dernière persécution de la sainte Église romaine siégera Pierre le Romain qui fera paître ses brebis à travers de nombreuses tribulations. Celles-ci terminées, la cité aux sept collines sera détruite, et le Juge redoutable jugera son peuple ». La devise de Jean-Paul II avait été « De labor solis » : « de l’éclipse du soleil » ou « Du labeur du soleil ». Il m’était étrange que j’aie été toute ma vie sous le pontificat de ce pape et qu’au temps de mes ailes, il rendit enfin l’âme. Si le principe masculin était le soleil, le temps à me façonner en homme était-il ce labeur que l’on avait fait pour me faire parvenir à ce statut d’ange? M’avait-on éclipsé le temps de me rendre adulte?

 

–        (et si le Pape qui allait démissionner n’était pas « De Gloria Olivae »?)

–        (Le futur pape ne serait donc pas « Petrus Romanus » !?!)

  • (Et si mon mariage spirituel et mon vedettariat à la mort du dernier pape étaient liés à l’élection par l’esprit saint?)
  • (!!!)
  • (Serais-je alors le vicaire du Christ?)
  • (Le pape!?!)
  • (Je dois aller aux nouvelles.)

J’empoignai une veste et me dirigeai vers l’oratoire. Après avoir escaladé la centaine de marche, je pris le temps de reprendre mon souffle en fumant une cigarette près de la porte. Je pénétrai ensuite dans l’église. L’odeur de l’encens traînait dans l’air. Je me dirigeai vers les toilettes et m’installai dans une cabine. Ma présence se révéla à la première chasse d’eau. J’entendis tout de suite mon nom à travers le gargouillis de l’eau des urinoirs. Je restai là à attendre que la question résonne dans le bruit de l’eau des cuvettes. J’entendis clairement le mot « couronne »  et le nombre trois. Puis la discussion passa dans ce que je cru être du latin et qui concernait le fils ou le filioque en donnant raison aux grecs ou quelque chose du genre. Puisque je n’entendais plus rien à la discussion, j’entrepris d’aller parler aux statues.

De loin, la statue de Jésus semble nimbée d’une nuée qui la fait doucement tanguer de droite à gauche. Subtilement, la statue vogue sans laisser aucune pensée suinter de sa présence. Même si je restai à insister, Jésus garda obstinément le silence. D’un autre côté, je me voyais mal m’expliquer Jésus me parlant. Déjà que j’étais membre de plusieurs hôpitaux. Je montai d’un étage et profitai d’un moment où j’étais seul pour me recueillir. Aucune pensée ne me vint à l’esprit mais une vive émotion me tenaillait le cœur. En me tournant vers la statue du frère André, j’entendis d’un ton réconfortant :

  • [(C’est bien Joseph.)]
  • (!!!)

Je fondis en larmes instantanément et le message que j’envoyais était limpide : la solitude. Tous les efforts que j’avais fait, de continuer à avancer même si le monde s’écroulait avec la foi comme seul point d’appuis; malgré la solitude et tout ce que j’avais sacrifié pour Lui, était-ce suffisant? Je n’avais plus beaucoup à Lui donner mais je le Lui donnerais s’il le fallait. En étouffant mes sanglots, je cru percevoir deux couronnes dorées flottant environ à vingt centimètres au-dessus de ma tête et l’autre vingt centimètres plus haut.

  • [(Cinq années pour les avoir les deux.)]

Une fois calmé, je me dirigeai vers la sortie et décidai d’aller me promener. Le soleil déclinait et je découvrais de nouvelles rues, de nouveau quartiers, des murs couverts de visages et de paysages. Je pris donc la direction du cent-ville. Je marchai jusqu’au vieux Montréal, là où les rues sont pavées. J’arrivai près d’un monument comportant plusieurs statues. L’une d’elle semblait me suivre du regard. Il s’agissait d’un amérindien brandissant son tomahawk d’une main. Je restai quelques secondes à regarder ces yeux qui m’observaient. Une étrange nuée apparue autour de la tête de la statue et ses mouvements m’indiquèrent où regarder. Je regardai au-dessus de son épaule mais je ne vis rien. Comme la nuée répétait encore son mouvement, je regardai encore lorsque je compris qu’au loin était une fresque au-dessus de la devanture d’un édifice. Il y était représenté un amérindien face à un européen assis autour d’un chaudron. La fresque sembla s’animer et une histoire de troc se déroula. Il semblait que d’amérindien se faisait escroquer. Je regardai de nouveau la statue et constatait que le regard avait changé. Alors que je tenais de voir réellement l’émotion que ce regard lançait, je tombai en phase avec la statue et j’éprouvai ce qu’elle éprouvait. La nuée était maintenant autour de ma tête et les yeux de l’amérindien dans les miens. Il était maintenant dans ma maison. Son regard m’indiqua de prendre la rue sur ma gauche. Amusé et curieux, je décidai de suivre ses indications.

Je croise une calèche sur mon chemin. Le percheron attelé frappe trois fois le sol de son sabot pointé.

  • [(Un, deux, trois.)]
  • [(Je vais faire le ménage pour toi aujourd’hui…)]
  • (Merci.)

Alors que je regardais le cheval partir, je remarquai que nous marchions vers l’ouest de la ville. Les yeux dans les miens m’amenèrent jusqu’à une autre statue d’Amérindien. Cette fois, son regard semblait triste. Il insista pour que je regarde dans la même direction que lui; il semblait indiquer un vieil édifice grand et majestueux de l’autre côté de la rue. L’amérindien en moi insista pour que j’y entre. Il s’agissait d’une somptueuse banque. À l’intérieur, au centre de l’édifice, trônant telle une reine, une statue d’une guerrière se tenait debout. Je fus alors submergé par une émotion de tristesse, d’amour, de perte et de trahison. Une série d’image me traversa l’esprit. Il s’agissait d’un amérindien étant tombé amoureux d’une femme qu’il prit pour une divinité. Mais elle appartenait à l’homme blanc et l’amérindien avait tout donné pour elle. Malgré cela, ils ne purent être réunis et lui étant à l’extérieur était empêché de la retrouver par toutes la complexité qui entourait le mode de vie de l’homme blanc. Le fait qu’elle soit ici, à l’intérieur des murs d’une banque montrait combien jalousement l’homme blanc gardait sa guerrière. Elle me fit penser à Athéna car je n’arrivai pas à déchiffrer son regard. Je sortis de la banque, m’installai près de la statue de l’amérindien, tombait en phase avec lui, sortis mon harmonica et jouai une complainte à sa muse avec ses émotions. Lorsque je cessai d’être en phase, je rangeai mon instrument et fis le trajet inverse. Le cheval revenait à son point de départ et semblait exténué; il ruisselait de sueur. D’ailleurs moi aussi alors je décidai de prendre l’autobus pour le retour.

Alors que j’étais perdu dans mes pensées sur ce qui venait d’arriver, j’eus l’impression d’être épié. Du coin de l’œil je vis une femme assise qui avait un par-dessus. Un bref regard me confirma mon hypothèse. Les par-dessus ne sont visibles qu’à la périphérie de l’œil. La personne qui est habité par l’esprit en par-dessus n’en a pas conscience si elle n’est pas ouverte au surnaturel. Toute mon attention était pour cet esprit ramené du centre-ville. Il semblerait que le ménage qui avait été fait l’avait libéré de sa servitude et il avait suivi le nouveau maitre du territoire. Plus je l’observais et plus sa forme se concrétisait. Au début, j’avais aperçu des yeux globuleux et petit à petit, il me sembla que la forme tendait à avoir les traits de Mam’zelle Zoé. La chevelure noire en auréole contrastait avec le sourire et les yeux de mon souvenir mais cet esprit lisait bel et bien mon cœur et l’image qu’il me renvoyait était l’amour de cette femme qui y habitait. Lorsque je pressai la corde pour signaler mon arrêt, j’eus droit à une expression de questionnement et la femme se leva pour débarquer aussi à mon arrêt.

Alors que nous débarquions, la femme me bouscula un peu tout en s’excusant et nous primes chacun notre direction. Bien qu’elle essayât d’être discrète, le par-dessus de ma nouvelle amie ne m’épousait pas parfaitement.

  • (Salut…)
  • [(!!!)]
  • (Tu es la bienvenue.)
  • (Je suis Joseph.)
  • (J’espère que tu te plairas chez nous.)
  • [(…Nous ?)]
  • (Oui, nous.)
  • [(On n’a jamais eu de nous.)]
  • [(Toujours Je…)]
  • (On va d’abord se laver.)
  • [(Déjà propre !!)]
  • (Ensuite, nous irons faire les courses.)
  • [(Arf !! Nous !!)]
  • (Est-ce que tu as un nom ?)
  • [(…)]
  • (Évidemment, comme tous les êtres spirituels tu gardes jalousement ton nom…)
  • [(Oui !!)]
  • (Je t’appellerai donc Zazie.)

Tel que promis, je l’amenai ensuite faire les courses pour le repas du soir. D’ailleurs, je n’avais aucune idée de comment m’en débarrasser. Pendant que je faisais la queue pour payer un petit homme dans le panier avec sa mère ne cessait de me regarder.

  • [(Est-ce que tu es Dieu ?)]
  • (Haha… moi ? Dieu ?)
  • (Tu trouves que je lui ressemble ?)
  • [(Oui.)]

Aussitôt l’esprit de l’enfant sorti et vînt s’accrocher à l’une de mes jambes. Je baissai la tête en souriant et je secouai un peu ma jambe.

  • [(Tu me vois ?)]
  • (Oh oui !!)
  • [(Je t’aime !!)]

Et il retourna dans sa maison sur son panier.

  • [(Nous aimer nous !!)]
  • (Haha… ton ancien maître n’était pas bon ?)
  • [(Esclave toujours dans le « to do. »)]
  • [(Nous connaît tous les trucs maintenant !!)]
  • (Quels genres de trucs ?)

Perdu dans mes pensées, je dépose mes achats sur le comptoir. La serveuse me regarde à peine.

  • [(Comme ça…)]
  • Bonjour monsieur, vous prenez des sacs ?
  • Deux s’il vous plaît.
  • On ne s’est pas déjà rencontré ?
  • Je viens ici souvent. Vous m’avez sûrement déjà servi.
  • Non, je suis certaine de vous avoir déjà rencontré ailleurs.
  • Je ne crois pas non.
  • Pourtant, vous m’êtes familier. Vous êtes Stéphane, non?
  • Du tout. Joseph.
  • Eh bien…38,65$ s’il vous plaît.
  • C’est à vous.
  • Merci bien mademoiselle. Une bonne fin de journée.
  • Merci !!
  • (Ce genre de truc ?)
  • [(Pleins !!)]

Cette nuit-là, je vis en rêve un cheval rouge. À mon réveil, le souvenir en était encore très clair.

  • [(Le deuxième cavalier.)]

Cette histoire des cavaliers du livre de St-Jean me fit me souvenir de ma visite à l’oratoire St-Joseph la veille. Je m’installai devant l’ordinateur pour rechercher des informations sur la couronne et la chrétienté.

La tiare pontificale appelée aussi le trirègne est la triple couronne des papes. Les trois couronnes superposées de la tiare expriment et symbolisent respectivement le triple pouvoir du pape.

La majorité des historiens s’accorde pour attribuer au pape Boniface VIII l’ajout d’une deuxième couronne à la tiare, précisément en 1301. Par-là, ce pape aurait voulu signifier que le Pontife romain détient non seulement l’autorité spirituelle (1re couronne) mais qu’il a encore, de ce fait, un droit de regard sur l’autorité civile, et même un droit de contrôle sur elle puisque l’exercice de l’autorité civile est censé se conformer à la loi morale et aux commandements divins, dont l’Église est l’interprète légitime.

Quelle que soit la symbolique exacte de la deuxième couronne, on n’allait plus en rester là : car deux, cela faisait naturellement appel à trois, chiffre éminemment parfait et, surtout, sacré à divers degrés dans la symbolique chrétienne. Vint donc s’ajouter rapidement une troisième et dernière couronne pour marquer que la souveraineté à Rome, dans ses trois formes d’autorité, civile, militaire et spirituelle, était tout en entière, en fait comme en droit, la prérogative exclusive du Pontife romain.

Il y avait deux choses à retenir sur le sujet. Premièrement que les armoiries du pape ne portaient pas la tiare depuis Jean-Paul II, ce qui revient à dire depuis moi. L’autre chose d’importance était la théorie des deux glaives.

Il est déclaré que le pouvoir temporel est exercé en relation avec le pouvoir spirituel en mentionnant la théorie médiévale des deux glaives : ces deux glaives sont ceux du Christ, mais seul le glaive spirituel peut gouverner le glaive temporel :

Les paroles de l’Évangile nous l’enseignent : cette puissance comporte deux glaives […] Tous deux sont au pouvoir de l’Église, le glaive spirituel et le glaive temporel. Mais celui-ci doit être manié pour l’Église, celui-là par l’Église. […] Le glaive doit donc être subordonné au glaive, et l’autorité temporelle à l’autorité spirituelle.

Le pouvoir temporel n’avait pas été en accord avec l’église catholique romaine depuis le temps des rois de France. Mais le pouvoir temporel et spirituel détenu par un seul individu devait remonter à la Rome antique et aux empereurs romains qui étaient à la fois autorité politique et religieuse. Le souvenir de la déesse qui m’avait gratifié de mon bracelet de bouddha se rappela à moi et je remarquai la tiare qu’elle portait. Elle était une preuve du féminin sacré; était-elle une des formes de Zoé? Zoé était-elle un ange? Était-elle Athéna ou encore cette mystérieuse déesse dorée? À cet instant, je fus pris d’un vif désir de la voir, de lui sourire. Je sortis et me dirigeai vers le nord de mon quartier, là où la communauté est plus hétéroclite. Je remarquai alors la part importante de la population de mon quartier qui est Indienne. Les petites épiceries, les turbans et les points rouges au milieu du front, tout cela me plaisait. Zazie avait sa manière à elle de faire onduler l’énergie autour de moi. Elle évitait soigneusement les gens mais les enveloppait tout en me frayant un chemin au milieu d’eux.

À une intersection était arrêtée une voiture dans laquelle siégeait une jolie blonde. Elle était souriante mais semblait perdue dans ses pensées. J’aimais son sourire. Je me demandais à quoi pouvait-elle bien penser. Je tentai de sourire comme elle. L’auto démarra mais je gardai son sourire aux lèvres.

  • [(Truc !!)]

Les muscles de mon visage se détendirent alors et je volai le sourire de la demoiselle. Ce n’était pas mon sourire habituel je le sentais, il s’agissait du sourire de la jeune femme. Je recommençai l’expérience à plusieurs reprises et je passai une partie de ma journée à voler les plus beaux sourires. Mes pas me ramenèrent à l’épicerie où j’entrai pour acheter des cigarettes. Au comptoir de service étaient deux jeunes femmes Indienne à la noire chevelure. L’une d’elle me servit. Je n’avais jamais encore remarqué à quel point elles étaient belles. Celle face à moi portait un appareil dentaire et sans le vouloir, je lui subtilisai son sourire. La réaction fût immédiate et ses yeux me sourirent de complicité. Aussitôt, la deuxième se tourna vers moi affichant une curiosité aussi complice. Je retournai à mon appartement avec ce sourire.

Plus tard, la nuit venue, je m’installai en méditation. Ma méditation avait évolué depuis ses débuts sur mon rocher.  Depuis le joyau du front, j’avais l’impression de voyager dans une large conscience où les objets de questionnements avaient un lieu géographique fréquenté par d’autres esprits méditant cette question. Après quelques exercices de relaxation, j’entrepris de me pencher sur le phénomène des sourires. J’attendais patiemment de parvenir à mon objet de méditation en tentant de l’exprimer le plus clairement possible. J’alternai entre les différentes femmes de ma journée mais les pensées les plus probantes concernaient les deux jeunes Indiennes. J’avais nettement une préférence mais le sourire métallique était insistant. Je le laissai donc m’imprégner et j’eus la surprise de tomber en phase et de me retrouver dans ses yeux. Elle était tout sourire et son regard épousait le mien. Étais-je aussi dans ses yeux au même instant ? Il était très tard et elle devait dormir. Mais je n’arrivais pas à comprendre avec quoi j’étais en phase. Était-ce son esprit? Son ange gardien? Son inconscient? C’était amusant de se regarder et de se sourire mais je m’en lassai rapidement. Tout cela me faisait penser à la théorie de la transmigration des âmes qui dit qu’après la mort, une partie de l’âme passe dans un autre corps en se réincarnant. Je trouvai après une rapide recherche qu’il s’agissait plutôt de la translation de vie; le pouvoir d’habiter provisoirement un autre corps.

L’Inde est complexe : un panthéon de dieux nombreux et une classification en caste de la population. Il y a les intouchables au bas de l’échelle sociale et les brahmanes tout en haut. Il s’y joint une notion de pureté et d’impuretés qui donne une certaine dignité reliée à la caste. Ainsi, les maisons pures doivent s’astreindre au végétarisme pour ne pas se souiller l’âme par un régime carné si elles font parties d’une caste supérieure.

Cette histoire de légumes me donna le goût de manger. Une brève inspection me confirma que la belle Indienne m’était toujours présente. Je ne savais pas de quoi l’entretenir lorsque l’image de sa camarade s’imposa à moi. Elle me plaisait beaucoup ce qui, à ma grande surprise, parut la ravir. J’entrepris donc de remonter l’avenue vers un restaurant ouvert la nuit.

  • [(Le troisième cavalier de l’apocalypse.)]
  • (…et les sept églises d’Asie…)
  • (L’Inde, c’est l’Asie, non?)
  • (…ou peut-être l’avatar qui est descendu en moi…)

Les questions s’entrechoquaient sur le chemin du retour. Les sept églises étaient-elles les sept chakras? Il y avait bien les sept planètes de l’Antiquité mais rien ne laissait présumer un lien quelconque avec l’Asie. Je tombai sur mon lit repus mais plein de doutes.

Je fus réveillé au lever du soleil par une musique semblable à celle jouée avec des verres d’eau sur lesquels l’on fait glisser son doigt. Lorsque j’ouvris les yeux, l’autre demoiselle indienne y était déjà, tout sourire. J’eus alors l’image d’un arbre sous lequel j’étais assis. Avec un regard insistant, l’Indienne m’indiqua la direction du parc. Je me laissai guider jusqu’à un arbre sous lequel je m’installai en méditation. Comme à l’habitude, je commençai à me relaxer en écoutant ce qui m’entourait. Étrangement, je semblais être plus gros qu’à l’habitude, c’est-à-dire que ma perception allait au-delà des quelques mètres habituels. Puis il y eut un petit tourbillon de joie maligne tout près de moi. J’ouvris les yeux pour constater qu’un petit écureuil me dévisageait. Je sentais clairement sa vitalité lorsqu’un coureur passa et le fit fuir. Je me plongeai de nouveau en moi-même pour constater que le parc était parsemé de petits et moyens tourbillons de vitalité. Je poussai l’expérience plus loin et me rendis jusqu’à la rivière bordant l’île de la ville. Je me retournai et me rendis de l’autre côté de l’île jusqu’à ressentir le courant du fleuve passant de chaque côté de moi. Je fus attiré dans le sens de l’eau et descendis le fleuve. Je me sentais attiré vers une forme de relâchement et naturellement, je me laissai porter par des images du fleuve que je n’avais jamais vues; des marais, des îles, l’horizon, puis tout s’élargit et je sentis la cadence des vagues de l’océan. Je restai quelques instants à me laisser bercer par la respiration des allers retours, submergé d’un bien être, d’un sentiment réconfortant.

Ce bien être ne passa pas inaperçu aux yeux de mon espiègle observateur. Je sentis la curiosité de l’écureuil se faire insistante. Lorsque j’ouvris les yeux, il était accroché à l’arbre voisin, la tête en bas, prêt à s’enfuir au moindre danger. En faisant un tour d’horizon, je remarquai trois autres écureuils sur les arbres autour qui étaient tous aussi curieux. Tout était calme dans le parc. Le son des voitures des environs était inaudible. Tout semblait au ralentit, semblant écouter le moment lui-même, avec une sensation de marcher à pas feutrés pour ne pas déranger l’harmonie du lieu. Je me levai et rejoignis mon domicile.

Arrivé chez moi, je tentai de me rafraichir la mémoire sur les cavaliers de l’apocalypse. Ils sont au nombre de quatre. Le premier monte un cheval Blanc. Le deuxième un cheval rouge et le troisième un cheval noir. J’avais vu des images des trois premiers cavaliers. Le dernier cheval était de couleur pâle et était monté par la mort.

Penser à la mort me ramena à des souvenirs de l’hôpital. Pris d’un vertige, je m’allongeai pour me reposer. Je me promenai mentalement dans les couloirs de mes souvenirs lorsque je passai devant la maternité. Ces petits êtres au tout début de la vie, si fragiles, si près de la mort; je ne pus résister et j’entrai. Il y avait plusieurs enfants mais l’un d’eux était dans un incubateur. Probablement prématuré. Je le contemplais lorsque je fus ravi à l’intérieur de lui. Ma respiration devint terriblement courte; au rythme de son petit ventre. Il dormait. J’eus un sentiment de difficulté, une pulsion de nausée et je me relevai sur mon lit prestement pour échapper à la phase. Je me levai pour boire mais je vins rapidement me recoucher. L’on aurait dit que la pièce respirait avec moi. Mes pensées volèrent vers l’hôpital pour enfant bien que je ne voulusse pas y aller. Couché sur le côté, j’entrai en phase avec un jeune garçon aussi couché sur le côté. Ses yeux étaient tristes mais j’eus droit à un petit sourire fade. Je ne devais pas être le seul à lui avoir rendu visite car il ne fût nullement effrayé.

  • [(N’aie pas peur. Ça arrive.)]
  • (Il ne va pas mourir j’espère.)
  • [(Ce n’est pas parce qu’on craque une âme…)]
  • (Craquer une âme?)
  • [(…qu’on est une faucheuse.)]

J’eus l’image d’une allumette que l’on allume, qui flambe puis s’éteint dans une fumée blanchâtre.

  • [(Ne colle pas ta langue au palais.)]

Je restai à regarder ce regard d’enfant, impuissant que nous étions l’un et l’autre. À ma grande surprise, il me sourit.

  • (Est-ce que tu es un ange?)

J’eus droit à un regard amusé.

  • [(Non c’est toi.)]
  • (Ah oui, peut-être.)
  • (Tu fais quoi?)
  • [(Je me repose.)]
  • (Tu aimes les devinettes?)
  • [(Oui.)]
  • (Qu’est-ce qui est jaune et qui passe au travers des murs?)
  • [(Un ange?)]
  • (Non. Une banane magique.)

Cette fois, le sourire n’étais plus du tout fade.

  • (Je suis médecin. Je te fais un diagnostic?)
  • [(Si tu veux.)]
  • (Voyons voir.)
  • [(La mort!!)]
  • (!!!)
  • [(Hihi!!)]
  • (Petit comique. Tu m’as fait peur.)
  • [(Il ne faut pas. Elle est gentille.)]
  • (Qui? La mort?)
  • [(Oui.)]
  • (Elle est comment?)
  • [(Mmmm…froide je dirais.)]
  • (Froide?)
  • [(Oui. Tout devient froid à l’intérieur.)]
  • (C’est tout?)
  • [(Oh non! C’est comme ne plus avoir mal.)]
  • (Alors mourir c’est bien?)
  • [(Oui. Tu es là pour m’amener avec toi?)]
  • (…)
  • [(On m’a dit qu’ils enverraient quelqu’un de gentil.)]

Je sentis mon chakra du cœur se refroidir. Puis le ventre, le bas ventre jusqu’à la racine. C’était très agréable. Je restai là, sur le côté, les yeux dans les yeux. Puis mon souffle se fît difficile. Curieusement, mon regard devint curieux, souriant, plein de mystère. Les yeux de mon petit ami eurent un gai sourire.

  • [(Aussi…)]

Soudainement, je sentis mon corps se raidir. Le chakra de la gorge eut une violente pulsion.

  • [(Ta langue garçon !!)]

Je décollai rapidement ma langue de mon palais. Mes chakras redevinrent paisibles et tranquillement, le froid s’empara de mon corps. Je me laissai submerger par ce bien être.  Dans un sourire qui s’éloigne, les yeux du petit homme s’éteignirent.

Je ressentais toujours le froid après quelques minutes. Mon pouls s’accéléra lorsque je pris conscience que j’étais maintenant en phase avec la mort.

  • [(Va te promener si tu ne te sens pas bien.)]

Je me sentais mou, moite et il flottait une forte odeur autour de moi; une odeur de putréfaction. Je sentais ma peau perdre ses couleurs et les orbites de mes yeux se creuser. Je luttais pour garder la tête froide mais la chambre se refermait sur moi. Je me levai rapidement pour me diriger vers l’extérieur.

  • [(Il est assez fort.)]
  • [(Oui. Il peut la supporter.)]

Je marchais vers le parc mais sentais mes forces m’abandonner. Je sentis alors ce que je compris être des bracelets à mes poignets. Là où un certain matin où j’avais cru tenir l’assiette du monde, là où j’avais ressenti des picotements se trouvaient maintenant des bracelets sur presque la moitié de l’avant-bras. Ils agissaient telle une limite à la phase pour que je ne sois pas complètement absorbé par mon hôte.

Arrivé au parc, je sens comment mon hôte observe les arbres, les couleurs et les gens. Sur un banc, un vieux monsieur auquel mon hôte adresse un sourire. Je me trouve un endroit près d’un arbre où m’asseoir. Je sens mon estomac se nouer et mes tripes s’agiter. Je m’allonge pour tenir bon mais j’ai de la difficulté à respirer. Je me couche sur le ventre et je sens la terre qui tente d’entrer en moi. C’est une sensation sèche, granuleuse, fibreuse. Je me relève pour marcher un peu. Mon hôte attire mon attention sur le terrain de soccer. La moitié des joueurs perdent de leur éclat instantanément. Me signifie-t-il qu’il veut jouer un match contre moi? La vie contre la mort? Qu’ai-je à y gagner? Mes bracelets me serrent. D’ailleurs, ces bracelets sont-ils comme ceux du génie d’Aladin? Suis-je prisonnier? Je me sens devenir fade. Je retourne chez moi.

La mort, la faucheuse, le quatrième cavalier; mes pensées divaguent. Allongé sur mon lit, elles me conduisent au dieu de la mort des Égyptiens; Anubis. Je sens que je voyage. Je vois la mer, le soleil, le sable et bientôt, les pyramides. L’Égypte mystérieuse s’offre à mon regard intérieur qui doucement se pose devant le sphinx.

Une image du dieu Thot m’apparaît. J’émet l’image de l’œil. La scène se répète trois fois avant que je commence à m’enfoncer sous le sphinx. Je descends un couloir de lumière dorée. Alors que j’arrive dans une grande salle, je m’assis sur le sol. J’assiste alors à un court métrage stroboscopique de lumière rosée. J’ai l’impression de regarder les lignes du temps. Tout à coup, les images se précisent; il s’agit de d’un père et d’un fils. Ils se disputent. Le fils est tombé amoureux d’un écho de sa mère et son père tente de lui expliquer qu’il s’agit de l’âme de sa mère et qu’il ne peut convoiter l’une de ses maisons.  Elle décide de s’enfuir et de se cacher à travers ses maisons alors que le père laisse l’œil aller à la perdition, sachant qu’à travers les réincarnations il finirait par la rejoindre et faire renaître leur amour de nouveau.

Puis les fils du temps s’animent de nouveau. Je ne vois qu’une boucle qui se répète; je ne peux voir plus loin. L’avenir semble voilé au-delà d’un certain moment. Je ne vois que des pieds et des jambes de passants et encore des pieds et des jambes. Je reste devant ce tableau de lumière et finis par m’endormir avant la fin de l’avant midi.

Une sieste de quelques heures me permit de me débarrasser de mon hôte. Alors que je me rendais à l’épicerie pour l’achat de cigarettes, je croisai une dame au regard étrange; il était d’un bleu luisant. L’on aurait dit un feu de couleur azur qui brûlait au fond de l’œil. Elle me regardait intrigué, incrédule, curieuse. Son énergie entra en relation avec la mienne et je sentis une langueur dans le bas ventre; une pulsion latente se faisait sentir.

  • [(T’es assez fort mais encore trop vieux.)]
  • (Vieux comment?)
  • [(Dépassé deux ans, ça commence à être difficile.)]
  • [(Mais ça s’arrange.)]
  • (Et j’ai quel âge?)
  • [(Environ sept ans.)]
  • (Mon âge mental?)
  • [(Non, l’habileté d’un enfant de sept ans.)]
  • [(C’est à cet âge que l’on commence à ne plus voir.)]
  • (Voir quoi?)
  • [(Les pensées.)]
  • (On peut voir les pensées?)
  • [(Celles des dieux, oui.)]

Je passe mon chemin, j’achète mes cigarettes, je rentre chez moi.

  • (Les dieux…)
  • (…mais mes ailes ?…)
  • (Et mes bracelets…)
  • (Dans les films et sur les nombreuses peintures anciennes, ce sont les dieux et les héros qui ont des bracelets…)
  • (Ou les demi-dieux…)
  • (L’humain peut-il dépasser le statut angélique?)

La nuit s’installe mais je ne dors pas. Je flotte entre les recherches sur le web, entre les sites et les forums de discussions, entre l’appel que j’entends et les réponses dont j’ai besoin. Rapidement sur mon mur une ombre passagère; ce n’est pas la mienne. Est-ce celle de Zoé? Puis-je être en phase avec Mam’selle Zoé? Si j’ai atteint l’Égypte, je peux certainement atteindre la France. Je ferme les yeux. J’essaie d’avoir une image mais je ne sais où chercher. Sur mon bureau traîne un vieux billet de dix dollars canadiens. Sur l’une de ses faces une image de l’arche de triomphe. Devant l’arche se tient une dame en attente. Qu’attend-t-elle? Je pense à l’arche de triomphe sur Paris. Puis l’image d’un obélisque égyptien se rappelle à moi. Aussitôt je me sens transporté mais dès que j’atteins Paris, j’entre violemment en phase avec deux hommes.

  • [(Halte !!)]
  • [(Qui va là?)]
  • (Le dauphin.)

Je les sens s’écarter et j’entre en phase avec une très vieille dame.

  • [(Mon enfant, je t’ai attendu.)]
  • (…)
  • [(J’ai pour toi un héritage.)]
  • (…)
  • [(Les joyaux de la couronne…)]
  • (Mais je ne suis pas roi.)
  • [(Qu’importe, je fais de toi ma demeure et ferai ployer le genou de tes ennemis.)]

Je sentis ma gorge se cristalliser et l’impression d’avoir un fil en travers de la gorge. Lorsque je déglutissais, je le sentais bouger et se ranger de côté pour laisser passer la salive. En fait, le fil prenait racine dans la gorge et était attaché dans la langue qu’il suivait jusqu’au palais. Après quelques instants de silences, je m’informai sur le chakra de la gorge.

Vishuddha

Au cinquième chakra se trouve le centre de la volonté, de la créativité et de l’inspiration de l’humain, de l’expression personnelle, de la communication avec le monde extérieur. Il transmet ainsi les aspirations de l’esprit et de l’âme.[12]

Alors que je réfléchissais aux possibilités de ce nouveau partenariat, une chose m’apparut claire : la pièce de cinq cens. Elle était bien tombée de nulle part et elle ne pouvait signifier qu’une seule chose : Athéna. Était-ce celle avec qui j’avais été fiancé? Je serais alors la gloire de l’olivier? J’en avais presqu’oublié ma visite à l’oratoire.

 

 

 

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_archange

[2] http://www.terrenouvelle.ca/lecons-essentielles-sixieme-lecon-les-anges-et-les-elementaux/

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Dieu_et_mon_droit

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Armoiries_du_Canada

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Licorne_(héraldique)

[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Fleur_de_lys

[7] https://krapooarboricole.wordpress.com/2008/05/16/yggrasil/

[8]http://www.gaugriis.com/approfondir/histoire/histoire-des-mots-et-de-la-langue/les-presences-mythologiques-dans-la-toponymie-locale-pays-de-nied/

[9] http://crystallia.unblog.fr/symbolique-des-arbres/

[10] http://fr.wikipedia.org/wiki/Excalibur

[11] http://fr.wikipedia.org/wiki/Dragon_oriental

[12] http://yantra.eklablog.com/vishuddha-la-porte-de-l-esprit-a115106500

 

 

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/oeil_Oudjat

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Horus

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Bastet

[4] http://naeymtha.forumactif.com/t32-l-histoire-des-runes

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Thor

[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ragnarok