Chapitre 18

On m’annonça bientôt que j’avais mon congé et je fus plus qu’heureux de retourner à mon appartement. Par contre, il m’était impossible de reprendre mon retard scolaire. Arrivé chez moi, un colis était appuyé sur la porte. J’y découvris un livre.

Laura était la seule personne constante avec qui j’avais noué des liens durant mes études à travers l’association étudiante. Je l’avais vu presque tous les jours et depuis qu’elle m’avait orienté à la manifestation environnementale et que j’avais rencontré Viviane, je croyais qu’elle en savait plus qu’elle ne voulait me le dire et qu’il était probable qu’elle fasse partie de « La » faculté dont m’avait parlé la belle biche.

Elle s’était inquiétée de ne plus me voir et s’était décidée à m’écrire dans la crainte de ne plus me rencontrer. Je fus surpris d’y lire le dévoilement de sa flamme pour moi.

Comme je n’ai pas de nouvelle de toi, j’ose, par ces écrits, t’ouvrir cet écrin que je réserve pour celui qui peuple mes pensées. Non, je ne suis pas la belle blonde au joli sourire qui te fera tourner la tête. Non je ne suis pas celle qui te fera rire aux éclats. Non, je ne suis pas de celles-là. Je suis de celles qui entre dans le cœur de l’homme par mes mots et par mon esprit. Je ne pourrai t’avoir que de cette manière. Il en fût toujours ainsi. Ils sont tous tombés et tu tomberas à ton tour. Ce n’est qu’une question de temps. Une question de temps avant que je ne t’enlace, que je te prenne dans mes bras dans un des locaux des associations étudiantes, que tu te décides enfin à baisser ta garde, et tu le feras, pour me prendre sur cet affreux divan bleu. Je t’attendais, le dernier soir où nous nous sommes vus. J’aurais pu retourner à la maison plus tôt, mais je savais que tu viendrais. J’avais porté cette jupe qui me donne de belles fesses et j’avais choisi ce chandail moulant pour que tu puisses regarder ce que j’ai à t’offrir. Je t’attendais en regardant ce divan bleu et savais que ce serait à cet endroit que tu succomberais finalement, où tu céderais enfin,  où tu  promènerais tes mains sur ce corps que je t’abandonne par ces écrits. J’ai tout prévu et comme les autres, tu tomberas.

Cette certitude me faisait sourire, mais ces mots, « tu tomberas », me laissaient perplexes. J’y voyais là la tentation. Était-ce une épreuve? Et si je rencontrais une autre femme que Zoé, je veux dire, si ce n’était pas l’une de ses maisons, étais-je en adultère? Mais encore maintenant, pourquoi en voudrais-je une autre que l’originale? Comment pourrions-nous nous rencontrer de nouveau? Comment pourrais-je tomber de nouveau amoureux, sachant que chaque fois, je ne serais qu’avec une pâle copie de ce qui habite réellement Mam’selle Zoé? Et si toutes les autres étaient Laura? Le Bouddha n’a-t-il pas été tenté par la volupté des filles du démon Māra avant de parvenir à l’éveil?

Lorsque je retournai à l’école, je revis Laura. Je remarquai pour la première fois combien elle avait un beau corps. Elle avait des seins généreux et ses fesses étaient rondes et fermes. Elle me surprit à la contempler et le rouge lui monta à la figure. Je m’approchai et lui demanda de lui parler en privé. Elle était nerveuse. J’étais désolé. Je lui expliquai que je ne pouvais répondre à ses attentes et que j’étais amoureux d’une autre. Je m’attendais à la voir pleurer, mais à ma grande surprise, ce fût de la rage que je lus dans ses yeux. Juste avant de sortir de la pièce, elle me regarda et jura que ce n’était pas terminé. J’en étais convaincu, j’étais tenté, et ça me tentait.

Les mœurs et coutumes d’aujourd’hui permettent facilement d’avoir accès à l’intimité sans conséquences. Et si je parvenais à trouver les maisons de Mam’selle Zoé, pouvais-je avoir une vie sexuelle débridée? Techniquement, j’étais célibataire. Il  me fallait simplement ne pas me tromper. Cette ouverture avec Laura me travaillait le bas ventre et il y avait bien longtemps que je n’avais posé mes mains sur un corps de femme, longtemps que je n’avais promené ma langue de la bouche à la nuque, longtemps que je n’avais goûté de ce souffle haletant de l’intimité.

Mais pour parvenir à mes fins, il me fallait sortir de chez moi et je devais renouer avec le « night life ». Ce soir-là, je sorti en boîte pour tester le terrain. Dès que j’entrai dans la discothèque, je savais que je  faisais une erreur. Mais j’étais curieux de savoir si mon hypothèse était possible. Je me commandai un whisky, comme à mon habitude, afin de me désinhiber un peu. Si tel était le cas, je me retrouverais avec une fille différente à chaque fois tout en étant toujours avec la même. Je ne savais pas vraiment ce que je cherchais. Un regard connu? Un signe quelconque? Une parole qui m’indiquerait qui choisir?

Au lieu de cela, je me retrouvai dans une ambiance lascive. Non pas en rapport avec les femmes qui dansaient, mais plutôt au niveau du manipûra, exactement comme avec Anaïs. Dès qu’une femme me regardait, je sentais s’établir une connexion au niveau de mon ventre. Je sentais le désir me prendre et je le sentais tenter d’épancher sa soif de concrétisation. J’aurais voulu n’en désirer qu’une et n’éprouver cette sensation que pour une seule parmi toutes celles présentes, mais cette sensation m’autorisait tous les possibles. Tellement qu’il m’était impossible de faire un choix avisé. Je repensais à Maude et à comment ces hommes semblaient à ses pieds. Était-ce pour ses charmes et cette opportunité qu’ils la désiraient ou parce que celui qu’elle choisirait obtiendrait Kéther?

Puis, m’autorisant un autre verre de whisky, je remarquai une femme derrière moi. Elle semblait être en boîte pour noyer son chagrin. Lorsque les verres d’alcool arrivèrent, son ami pris les verres, lui en offrit un, et ils trinquèrent à l’oubli. Elle prit un deuxième verre et l’avala aussi promptement que l’autre, cette fois sans trinquer. Son ami la regarda, et elle fondit en larme dans ses bras. Il me jeta un regard de braise.

Mes yeux perdirent un peu de leur éclat cette nuit-là. J’avais été tenté, et j’avais répondu présent. Si ce n’avait été de cette fille en larme, probablement Zoé, il y a fort à parier que j’aurais commis cette faute.

Arrivé à la maison, alors que je furetais tranquillement sur l’ordinateur, je levai les yeux et je vis mon chandail de hockey suspendu à la patère. Je me levai avec un drôle d’intuition. Je le décrochai pour regarder le numéro : 71.

Je fis une recherche sur le web pour trouver la signification du nombre. La rencontre avec Julien m’avait donné l’habitude de rechercher la signification des nombres qui peuplaient mes journées. Par contre, ce chandail, je l’avais porté toute ma jeunesse et j’étais maintenant curieux de connaître sa signification. Sur un site, une définition était donnée pour le chiffre 71 :

Dans l’Alphabet de Rabbi Akiba, à propos de l’ange Métatron (qui est cité aussi dans le Livre hébreu d’Hénoch, ou Livre des Palais) on lit: «Je (Dieu) lui ai donné le nom de petit Seigneur, car son nom a la valeur numérique 71. Je lui ai donné plus de sagesse et de discernement qu’à tous les anges. Je l’ai magnifié plus que tous les anges officiants.

Métatron est l’ange de la présence et le chef de tous les archanges…était-ce là mon nom? Car il était vrai que j’étais toujours présent et étais un point fixe pour Kéther en comparaison aux autres maisons avant moi. Selon le web, l’étymologie du nom « Métatron » est obscure. Elle a vraisemblablement une origine grecque ou latine. Une explication fait dériver Métatron de l’expression meta-tronos, c’est-à-dire « l’assistant du trône ». Cette explication met en avant la proximité de Métatron avec le trône divin, objet de spéculation dans la tradition mystique juive. Une autre proposition le relie au latin metator, c’est-à-dire « le mesureur ».

Mais Métatron  a aussi un jumeau : Sandalphon. Il est raconté, selon certaines des toutes premières sources sur Sandalphon, qu’il est le prophète Élie métamorphosé et élevé au statut angélique. D’autres sources (principalement de la période du midrash) le décrivent comme étant le « frère jumeau » de Métatron. Dans le chapitre 3 du Livre d’Hénoch, il est le chef du Sixième Ciel (makom) mais dans le Sefer Ha Zohar il est le « chef du Septième Ciel ». D’après l’islamiste Iore, il demeure dans le Quatrième Ciel. Tout comme Michael, il est impliqué dans un combat constant contre Samael, l’ange du mal.

Ce chandail que j’ai porté toute ma jeunesse…était-ce un hasard? Puis, je remarquai que le numéro sept tendait à se décoller. En tirant un peu dessus, je vis qu’il cachait un autre chiffre. L’ayant complètement retiré, un autre chiffre sept était caché dessous. Il était plus petit. Il s’agissait donc maintenant d’un petit sept et d’un grand un. Sept Archanges et un recteur.

Mais ce supposé Sandalphon, était-il avec Zoé pour la soutenir ou attendait-il seulement qu’elle change d’idée? S’il était un tant soit peu mon jumeau, j’avais à craindre que pour l’amour d’une seule femme, il puisse commettre ce que je commettrais comme acte en entier.

Chaque fois que je me retrouvais en public et que je croyais déceler la présence de Zoé, je le voyais qui prenait place à ses côtés. Il pouvait être n’importe qui, exactement comme elle. J’étais vraiment aveugle et ne savais comment résoudre cette compétition. Je ne pouvais que patienter et espérer un rapprochement avec Zoé.

Plus les semaines passaient, plus je le voyais prendre de l’assurance. Pourquoi tentait-il de se comparer à moi? Je n’en avais aucune idée. Je n’avais aucune raison et aucune envie de me comparer à lui. Bientôt je choisis des endroits moins fréquentés, si bien que j’atterris un soir à la « Taverne du Roi ». Il devait y avoir une dizaine de personne par ce dimanche soir. L’un d’eux vint s’asseoir à mes côtés, histoire de faire la discussion. Son frère vînt bientôt le rejoindre. Puis, alors que nous discutions de tout et de rien, un homme entra dans le bar. Mes deux compères changèrent d’attitude.

L’homme, voyant que j’étais nouveau, vînt s’asseoir avec nous. Tout de suite, ils commencèrent à discuter de gardiens de hockey. Ils semblaient parler des vrais gardiens de buts, mais je commençais à déceler un double langage dans leurs argumentations. Ils semblaient faire référence à de vrais gardiens et le but de leur conversation était de gagner l’autre à son opinion. Lorsque l’un des deux frères compris que j’arrivais à comprendre le petit jeu, il me demanda si je pouvais aller au bar, car il voulait parler de choses privées. J’allai donc rejoindre celle que je croyais être Zoé, siégeant avec l’autre.

Toujours cet autre se comparant à moi. C’était l’histoire de ma vie. Cela n’avait-il pas commencé ainsi? Avec une histoire de jalousie? Ma première copine était amoureuse de moi et lui d’elle. Moi, je n’avais pas demandé. Mais voir ainsi Zoé en pilier de taverne ne m’enchantait pas plus que ma propre présence dans cet endroit. En terminant ma bière, je levai les yeux vers la télévision qui montrait un ralentit d’un joueur de hockey portant le numéro trois. Puisque je n’aimais pas particulièrement l’endroit et que j’avais envie de savoir ce que pouvais signifier ce numéro trois, je décidai de rentrer à mon appartement.

Dès ma sortie du bar, je m’isolai grâce à la musique de mon baladeur. Les chansons de style agressif avaient un effet particulièrement apaisant tant par leur rythme rapide, ce qui me permettait de jouer avec mon énergie, que par une certaine propension à faire évacuer une colère envers Dieu pour m’avoir enlevé la vie que j’avais. Je crois qu’il n’y a rien de plus pénible que d’être en colère contre Lui. Chaque moment difficile nous rapproche de sa présence et plus il est près, plus il met à nu notre souffrance.

Bref, en passant près de la vieille ville, je décidai d’y faire un détour. La porte de Saint Jean avait toujours ce même effet attractif depuis mon arrivée à Québec. Quelque chose m’appelait, ou plutôt, cette porte recelait un mystère qui appelait à être découvert.

Je m’engouffrai par la porte et marchai jusqu’au château. Je descendis alors vers une statue du Pape Pie IX. En m’approchant respectueusement de la statue, je remarquai combien austère et sévère était le visage. Je regardai les différents personnages situés au bas de la statue et lorsque je levai la tête pour fixer le regard de la statue, je reçu une décharge d’énergie assez déplaisante. On aurait dit que la statue était en colère et l’avait déversée sur moi en un assaut de moyenne intensité. Cela devait probablement être dû aux pensées arrogantes et accusatrices que j’avais en tête lorsque je levai les yeux. Cet épisode me fît prendre conscience des lieux et je commençai à explorer le Vieux-Québec à la recherche de sensation auprès des vieux monuments.

Pendant ma visite, je remarquai que j’arpentais la rue de la Sainte-Famille.

  • (…La Sainte Famille…)
  • (…Probablement la famille du roi de France à l’époque de la Nouvelle-France…)
  • (…La royauté selon le droit divin…)
  • (…Je me demande si les lieux et les noms ont été choisis pour cet instant précis ?…)
  • (…!!!…)
  • (La taverne du Roi!!)
  • (Et Kéther : la couronne?)

J’arrivai sur la rue Saint-Louis qui me fît sortir de la ville fortifiée par la porte de Saint-Louis.

  • (Tiens donc…)
  • (…on entre par la porte d’un Saint pour ressortir par la porte d’un Roi…)

L’autobus arrivait et interrompit la suite de mes pensées. Arrivé à mon domicile, je consultai le site habituel pour savoir la signification de ce numéro qui était apparu grossièrement en évidence à la télévision de la taverne. Je pus lire, entre autre mais surtout, que par trois fois dans son dernier discours aux apôtres, Jésus prie pour qu’ils soient un comme Lui et le Père sont Un. (Jn 17,11-23).

Je pris alors ma bible sur la bibliothèque et allai au verset en question.

Et je ne suis plus dans le monde, mais ceux-ci sont dans le monde, et je vais à toi. Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un, comme nous. Pendant que j’étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. Et maintenant je vais à toi, et je dis ces choses dans le monde, afin qu’ils aient ma joie accomplie en eux. Je leur ai donné ta parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du malin.  Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. Sanctifie-les par ta vérité; ta parole est la vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde. Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité. Or, je ne prie pas seulement pour eux; mais aussi pour ceux qui croiront en moi par leur parole; Afin que tous soient un, comme toi, ô Père, tu es en moi, et moi en toi; afin qu’ils soient aussi un en nous; pour que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un, comme nous sommes un, (Moi en eux, et toi en moi), afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé, et que tu les aimes, comme tu m’as aimé.

Pendant que je lisais, une chanson roulait en boucle en arrière de ma conscience. Une chanson que j’avais écoutée durant mon excursion de la vieille ville, une chanson que je connaissais bien. Les premières paroles me revinrent alors en mémoire :

Say your prayers, little one (dis tes prières, tout petit)

Don’t forget, my son, (n’oublie pas, mon fils,)

To include everyone (d’inclure tout le monde)

J’entrepris donc de lire trois fois à voix haute la prière, tel que le fît Jésus. La seule chose que je fis de différent fût de ne point exclure le fils de perdition de ma prière. Ainsi, me disais-je, aucun ne serait oublié ou mis de côté, et aucun n’aurait de raison de porter de sombres sentiments. Cela me plaçait aussi en toute neutralité.

Le lendemain, en allant chercher mon traditionnel déjeuner au dépanneur, une jolie femme me fît un sourire. Étais-je entré dans les bonnes grâces de Zoé? Je ne savais. Mais ce sourire me rendait heureux. À partir de cet instant, je ne sentis plus jamais de mauvaise énergie provenant des personnes autour de moi, comme si cette prière de faire « un avec eux » faisait en sorte que personne ne puisse se comparer à moi énergétiquement, ni même me confronter, puisque je ne faisais maintenant plus qu’un avec elles. Par contre, je restais sensible aux lieux.

J’avais enfin un répit. Je me souvenais de la géométrie sacrée et du cube de Métatron. Je commençai à l’étudier sérieusement. Après une longue recherche infructueuse sur le net, je décidai de prendre cette figure à partir de mon intuition.

Lorsque l’on décomposait le cube, qui n’était qu’un effet d’illusion de tridimensionnalité, on obtenait deux triangles inversés superposés. Le triangle pointé vers le haut représentait le masculin. Celui vers le bas, le féminin. Puisque je considérais déjà l’individu au-delà de la dualité homme/femme, il m’était logique de ne considérér qu’un seul triangle.

Mais le triangle seul n’avait aucun référent et je ne voulais pas le faire coïncider avec l’arbre de vie. D’ailleurs, après ma recherche, il m’était apparu que l’arbre de vie découlait de la fleur de vie, que celle-ci était représentée dans plusieurs cultures et n’était donc pas réservée au judaïsme. J’avais vu des photos sur le web, des photos du temple d’Osiris en Égypte où figuraient gravées dans la pierre deux images de la fleur de vie. J’en étais donc venu à la conclusion que l’arbre séfirotique était une interprétation faite par le judaïsme d’images géométriques sacrées.

Cette figure triangulaire m’était familière. J’étais parvenu, lors de mes méditations sur mon rocher à une triple relation et ce triangle me permettait de les placer en relation de concordance. L’une des pointes représentait le « Je », une autre « Autrui » et enfin, la dernière représentait la « Réalité ». La relation unissant ces trois composantes au centre était le « Nous ». Encore ce « nous ». Je n’arrivais pas à aller au-delà de ce nous.

Par contre, je commençais à pressentir les différentes actualisations potentielles de la dynamique d’équilibre de ce « nous » représenté au centre de la dynamique trivalente des trois instances du triangle. Je voyais ces relations comme des vecteurs et en les transposant à l’arbre séfirotique, chaque chemin reliant les différentes séphira se transformait en une grandeur d’une relation variable, donnant ainsi un autre visage à cet arbre considéré jusqu’alors comme statique. Ainsi, sa représentation par les images judaïques n’était que sa forme équilibrée et qu’elle pouvait être considérée selon d’autres paramètres.

Si je reprenais mon intuition et la plaçais pour les deux triangles, en faisant concorder les trois instances, j’obtenais l’image de la dualité de l’être se contemplant au travers de la tridimensionnalité. Ainsi, ce cube de Métatron représentait la maya, l’illusion de la trame du monde.

En tentant de faire corroborer le cube de Métatron et l’arbre de vie, je remarquai qu’il manquait une séphira pour l’un des sommets du cube. Cet espace vide était juste en dessous de Kéther. J’en déduisis que Kéther pouvait être replacée à cet endroit lorsqu’il s’agissait d’une volonté humaine qui ne pouvait être à l’extérieur de la tridimensionnalité. De plus, il fallait considérer Malkut, le monde manifesté non pas comme étant à l’extérieur du cube, mais plutôt en son centre, entre le féminin et le masculin. Et encore, cet arbre statique était représenté en deux dimension, mais à partir du cube, il fallait extrapoler la tridimensionnalité, ce qui faisait apparaître une autre séphira manquante. Selon mon intuition, il devait s’agir de Kéther au féminin, la volonté féminine en opposition avec la mienne, qui se retrouve de l’autre côté du monde manifesté, qui se retrouve face à moi, me complète et complète le monde manifesté, la volonté de Zoé. Il fallait donc regarder cet arbre en faisant d’abord descendre Kéther, placer ensuite Malkut au centre et opérer une rotation du cube pour placer les deux volontés en opposition.

Toutes ces lectures sur la géométrie sacrée éveillaient en moi un nouveau regard sur le monde. Je voyais maintenant ces formes qui étaient incrustées dans le monde, que l’on montrait à travers l’architecture des églises, de leurs vitraux ou encore par la forme même de certains bâtiments. Par exemple, ce centre d’achat en forme de pyramide dans le quartier de St-Foy représente le symbole masculin, le triangle vers le haut. Par contre, peu de gens remarque que de l’autre côté de la rue, une autre pyramide existe. Sa construction n’apparaît pas au premier regard, mais il s’agit bien d’une pyramide inversée. Le symbole de la dualité, le féminin et le masculin, était ainsi représenté à la vue de tous dans une architecture que l’on pourrait qualifier d’occulte.

Pendant cette période de l’occulte, j’eus la visite d’une amie à mon appartement. Clara était venue passer quelques jours à Québec. Nous en avons profité pour visiter la vieille ville. Suite à mes lectures, je regardais avidement la vieille architecture à la recherche d’autres symboles qui aurait fait de Québec l’une de ces villes occultes.

Alors que Clara prenais son temps pour admirer le paysage, je remarquai de nouveau cette étrange statut de l’Unesco. Elle suscita cette fois un vif intérêt. Il s’agissait, à première vue, d’un cube de verre tenant sur l’une de ses pointes. Je pensai d’abord au cube de Métatron mais ensuite, j’y vis deux pyramides reposant l’une et l’autre sur leurs bases. Ce cube était encadré par deux arches qui formaient deux cercles pour le soutenir. Ces cercles étaient percés chacun par une forme carré dans laquelle était inséré le cube. Lorsque l’on regardait à l’intérieur du cube de verre, de petites tiges formaient un escalier qui montait vers les sommets des pyramides et l’on pouvait voir un petit chapiteau en forme de pentagone surplombant cet escalier.

Alors que je me racontais que le cercle représente l’unité, que le carré représente la matière, que le cube représente la réalité tridimensionnelle, une asiatique vînt se placer à mes côtés. Elle me demanda l’heure puis, après quelques instants passé à lire la plaque devant la sculpture, elle se retourna vers moi :

  • You’re always working on that. (Tu travailles toujours sur ça.)
  • (!!!)
  • (Comment sait-elle que je travaille sur le cube?)
  • (Qui est-ce?)
  • (Ce n’est pas Zoé pourtant?)

Clara vînt me rejoindre. Je regardai la femme asiatique une dernière fois et nous continuâmes de visiter. Le soir venu, nous avons opté pour le cinéma. Une fois à l’intérieur de la pyramide qui abrite le cinéma, alors que le film débutait, une personne sorti de la salle et revînt quelques instants plus tard. Je fus alors pris d’un fort malaise. Je ressentais cette pression spirituelle qui faisait de moi un indésirable dans cette salle. Après quelques minutes du film, je dus dire à Clara que j’avais un malaise et qu’elle pouvait venir me rejoindre chez moi.

Je me rendis d’abord à la station-service acheter quelque chose à boire. Puis, j’attendis dans le stationnement en tournant en rond jusqu’à ce que le malaise passe. Une fois dissipé, alors que j’allais me rendre chez moi, Clara apparu. Elle ne tenait pas à regarder le film toute seule. Je l’invitai alors à aller en boîte.

Sur le chemin du bar, je commençai à trembler. Je sentais l’énergie de cet endroit et plus on s’approchait, moins j’avais envie d’une autre confrontation. Je demandai alors à Clara de rentrer. Le lendemain, Clara retournait chez elle.

Je m’en voulais d’avoir été en état de faiblesse devant Clara. Je me doutais qu’elle n’était pas en mesure de comprendre ce qu’il m’arrivait et un éloignement entre nous résultat de cet épisode. Je dépérissais peu à peu et le fait de ne pas avoir d’occupation m’aspirait dans une spirale d’isolement. Je ne sortais que pour faire mes achats. J’étais prisonnier entre la télévision, la radio et les titres de journaux qui constituaient un dialogue intérieur n’ayant aucun sens. J’étais seul avec Elle et je sentais que je perdais pied. Cela dura jusqu’au printemps